Imaginez une pièce de théâtre où les spectateurs se mêlent aux acteurs, pour se promener dans un jeu vidéo grandeur nature inspiré de la vie de bûcheron. Il faut abattre des arbres, traverser une rivière en sautant d’un billot à l’autre ou transformer les autres participants en loups-garous. Les décors de théâtre font partie du jeu vidéo, dont les images sont projetées sur le sol d’une salle de 4500 pieds carrés.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

C’est l’idée inédite derrière Timber !, spectacle multimédia interactif permanent mis au point par la petite équipe montréalaise de 4elements. Il sera officiellement présenté au public cette semaine à l’occasion de l’édition 2019 de HUB Montréal, événement mettant en valeur la créativité de la métropole.

« Timber !, c’est le spectacle dont vous êtes le héros, affirme Valérie St-Jean, PDG de 4elements. Au lieu d’être devant un écran, on est dans le jeu, on en fait partie. »

Entre histoire et chasse-galerie

Difficile de résumer ce concept à ceux qui ne l’ont jamais essayé. De plus, lors de la visite de La Presse, l’installation était loin d’être complète, avec des accessoires encore en construction et des décors qui n’étaient pas installés. La projection du jeu sur le sol, elle, était au point.

L’histoire se déroule dans un camp de bûcherons où des acteurs accueillent les participants. Décors, sons et projections recréent cette ambiance tandis que différentes missions attendent les joueurs, qui ont tous un téléphone intelligent à la main.

Certaines commandes – ajouter un billot à l’eau, placer un explosif pour défaire les embâcles, se soigner – sont effectuées sur l’écran du téléphone, dont on veut minimiser l’utilisation.

C’est le sol, sur lequel sont projetées les images du jeu, qui est en fait le véritable écran.

D’autres actions, par exemple déplacer des billots ou abattre des arbres, ne sont possibles qu’avec des accessoires obtenus dans le jeu, qui mêle réalisme historique et mythologie à la chasse-galerie.

L’essence du jeu, c’est la collaboration entre joueurs, qui peuvent échanger des objets, se guérir l’un l’autre ou, au contraire, se jeter de mauvais sorts. Des capteurs font en sorte que les mouvements sont enregistrés et influencent le déroulement de l’action.

À 10 cm près

Le principal responsable de la narration, c’est Alexandre Desjardins, réalisateur et scénariste de courts métrages. L’idée derrière Timber ! est inspirée d’un spectacle sur l’histoire de l’Outaouais qu’il a contribué à créer à Gatineau en 2015. « Les draveurs, c’est notre mythologie à nous, une époque de légendes et de mystères », dit-il.

L’aspect technique est dirigé par le troisième partenaire de 4elements, Simon Coulombe, qui se montre particulièrement fier du réalisme et de la précision de la plateforme qui recrée cet univers ludique. « On a développé une technologie qui permet de localiser le joueur avec une précision de 50 cm sur l’ensemble du terrain, de 10 cm en interaction directe avec le projecteur. Nous avons déjà eu jusqu’à 50 personnes qui ont joué en temps réel, et nous pouvons en accueillir jusqu’à 400. »

L’équipe, aujourd’hui composée d’une douzaine de personnes, travaille à ce projet depuis 2017. L’an prochain, on veut accueillir les joueurs dans une vaste salle – l’endroit précis n’a pas été dévoilé – où ils vivront cette expérience d’une heure au coût de 27 $.

Valérie St-Jean se dit confiante quant au succès de l’aventure. « Ceux à qui on a présenté Timber ! sont unanimes : c’est assez unique, une expérience immersive et interactive comme ils n’en avaient jamais vu. »