L’un des cofondateurs de Bitfarms et trois cadres supérieurs viennent de claquer la porte du mineur de bitcoins de Brossard trois mois à peine après l’entrée fracassante de l’entreprise à la Bourse de croissance TSX.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Pierre-Luc Quimper, président, cofondateur et membre du conseil d’administration, a remis sa démission jeudi. Anthony Lévesque, vice-président aux opérations, Louis Valois, vice-président des infrastructures, ainsi que Bahador Zabihiyan, directeur des relations publiques, ont également quitté l’entreprise jeudi, selon nos informations.

Fondé il y a deux ans seulement, Bitfarms se présente comme le plus important mineur de bitcoins au Québec. En plus de son siège social de Brossard, d’où les activités sont supervisées, l’entreprise possède des installations à Saint-Hyacinthe, Farnham, Magog, Cowansville, Saint-Jean-sur-Richelieu, Sherbrooke et Bromont.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Pierre-Luc Quimper, président, cofondateur et membre du conseil d’administration de Bitfarms

Des revenus québécois

Les revenus de Bitfarms sont essentiellement générés au Québec alors que la prise de décision se fait au siège social de Toronto, où travaille notamment le chef de la direction, Wes Fulford, ancien banquier d’affaires chez Desjardins. Une tension grandissante entre les dirigeants des bureaux de Brossard et de Toronto aurait causé de la frustration et expliquerait les départs.

« Une partie de l’équipe de direction est a Toronto, loin de la réalité des affaires québécoises », indique une personne au fait de la situation qui demande de ne pas être nommée. Récemment, Bitfarms a notamment eu à composer avec certains ennuis à ses installations de Sherbrooke, où le bruit dérange des citoyens.

Chez Bitfarms à Toronto, la direction reconnaît qu’il y a eu quelques départs au sein de l’organisation cette semaine, mais soutient simplement ne pas s’attendre à ce que la démission de Pierre-Luc Quimper nuise aux activités quotidiennes.

« Un de nos quatre fondateurs [Pierre-Luc Quimper] a décidé de prendre du recul. Nous n’avons pas été surpris par sa décision. Nous sommes reconnaissants de sa contribution et lui souhaitons du succès dans ses projets futurs », écrit Sonia Tercas, directrice des relations avec les investisseurs chez Bitfarms, par courriel.

Explosion et repli en Bourse

Après un début explosif en juillet, l’action de Bitfarms vient de faire un retentissant retour sur terre. De 99 cents à sa première séance à la Bourse de croissance TSX, le titre a grimpé à 4,20 $ en trois jours seulement. Il s’est depuis replié pour toucher un creux de 75 cents hier.

Pierre-Luc Quimper a par ailleurs vendu 165 500 actions de Bitfarms il y a deux semaines alors que le titre avait déjà glissé de façon importante. Des documents déposés auprès des autorités boursières révèlent qu’il a vendu ce bloc d’actions sur une période de quatre jours dans une fourchette de prix allant de 85 cents à 95 cents. Il détient toujours plus de 8,5 millions d’actions de Bitfarms.

Avant de passer à la Bourse de croissance TSX cet été, Bitfarms – qui fournit une puissance de calcul à des réseaux de cryptomonnaies – avait d’abord inscrit ses actions à la Bourse de Tel-Aviv, en Israël, après avoir procédé à une prise de contrôle inversée achevée l’an passé.

L’entreprise avait indiqué que la décision d’inscrire le titre à l’étranger avait été prise en raison de la culture et de la réputation du secteur technologique en Israël. L’entreprise a expliqué le choix de quitter la Bourse de Tel-Aviv pour traverser au Canada par un marché devenu plus favorable pour les entreprises dont les activités sont liées au bitcoin.

Bitfarms compte environ 90 employés. Pour les six premiers mois de l’année, l’entreprise a produit des revenus de 12,2 millions US, mais n’est toujours pas rentable.