Le report de l'âge minimum de 65 à 67 ans pour obtenir certains revenus de retraite du gouvernement fédéral coûtera l'équivalent d'une petite voiture neuve à de nombreux Canadiens. Êtes-vous touché? Dans quelle mesure? Survol de la situation et rappel des changements.

Simon Lord LA PRESSE

Q Quels sont les changements et qui concernent-ils?

R À l'hiver 2012, le gouvernement fédéral a confirmé que l'âge minimum pour toucher la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) et le Supplément de revenu garanti (SRG) passerait graduellement de 65 à 67 ans entre 2023 et 2029.

Tous les Canadiens seront touchés par cette mesure, à l'exception de ceux qui reçoivent déjà des prestations de la PSV et des personnes qui sont nées avant le 1er avril 1958.

Les gens nés entre le 1er avril 1958 et le 31 janvier 1962 obtiendront progressivement la PSV et le SRG, s'ils y ont droit, entre 65 et 67 ans.

Ceux qui sont nés après février 1963 pourront toucher ces prestations, s'ils sont admissibles, à partir de 67 ans.

Q Combien ça coûtera?

R Ça coûtera cher, évalue Josée Jeffrey, fiscaliste et planificatrice financière chez Focus Retraite et Fiscalité. La PSV représente aujourd'hui un revenu annuel de 6765$. En 2051, le montant passera à 14 076$ si l'on tient compte de l'inflation. Les deux années d'admissibilité retranchées représentent donc une perte de 28 434$, en argent de 2051.

La perte est encore plus importante pour les gens qui auraient eu droit au SRG durant ces deux années, soit les personnes à faible revenu. Une personne ayant travaillé au salaire minimum, par exemple, aurait eu droit à 21 000$ en prestations de SRG au cours de ces deux ans.

Si l'on combine ces deux sommes, la perte frise les 50 000$ en dollars de 2051. «C'est énorme», note Josée Jeffrey. C'est le prix d'une voiture.

Q Faudra-t-il travailler deux ans de plus?

R D'emblée, le gouvernement ne peut pas décider de l'âge où les travailleurs prennent leur retraite. Mais en éliminant une source de revenus pour certaines personnes âgées de 65 à 67 ans, il en poussera plusieurs à travailler plus longtemps que prévu.

Les personnes à faible revenu, par exemple, auront probablement besoin de travailler jusqu'à 67 ans. Les jeunes dans la trentaine qui gagnent actuellement moins de 40 000$ annuellement et qui se fient uniquement sur les revenus de retraite du gouvernement font partie de ce groupe, estime Josée Jeffrey.

Plusieurs travailleurs pourront tout de même prendre leur retraite avant 65 ans s'ils font un effort d'épargne supplémentaire.

Q Comment redresser ses plans de retraite?

R Il est toujours possible, pour bien des gens, de continuer à envisager une retraite à 65 ans. «Mais il faut y penser et planifier d'avance», insiste Josée Jeffrey.

Les personnes sans plan de retraite doivent donc s'y mettre. Ceux qui en avaient un et qui ont commencé à épargner doivent le réviser afin de mettre de côté assez d'argent pour combler le manque à gagner entre 65 et 67 ans.

Cotiser à son REER est recommandable pour ceux qui ont actuellement un revenu annuel de 45 000$ et plus. Pour les gens ayant un plus faible revenu, l'avantage est moindre puisque le retrait de leurs REER aura souvent comme effet de réduire la prestation de SRG à laquelle ils ont droit.

Q Le report volontaire contre une pension bonifiée?

R La réforme a aussi amené la possibilité de reporter volontairement le moment où l'on touche à sa PSV en échange de prestations bonifiées.

Ceux qui ont des gros revenus ont avantage à choisir cette option parce que le chèque de PSV devient progressivement plus petit, après un certain seuil de revenu. Ils conserveront une part plus élevée de la pension, qui sera par ailleurs bonifiée, lorsqu'ils toucheront à celle-ci quelques années plus tard et que leurs revenus auront diminué.

Ceux qui risquent de vivre très longtemps peuvent aussi en profiter, car ils recevront un montant bonifié durant une très longue période. Cela compensera pour les années où ils se sont privés de leur PSV.

Q Doit-on se fier sur l'État pour son revenu de retraite?

R Certains planificateurs financiers ont cessé de tenir compte des revenus de PSV lorsqu'ils élaborent les plans de retraite de leurs clients. Ils craignent que le programme ne soit changé ou aboli et que leurs plans ne déraillent.

«Dans mon cas, je continue d'en tenir compte, car le gouvernement vient de faire une réforme dans le but d'assurer la pérennité du programme», explique Mme Jeffrey.

Elle dit ne pas avoir de boule de cristal, mais reconnaît néanmoins qu'à long terme, les risques ne sont jamais nuls. Une autre réforme n'est pas impossible. «Avec l'espérance de vie qui s'allonge, c'est un risque», estime-t-elle. Un risque qu'il faut prévoir et gérer.