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REER: la vraie vie: retraite par accident

Marc Tison
La Presse

En 2006, Catherine avait participé à la chronique de consultation en finances personnelles Sous la loupe. Neuf ans plus tard, où en est-elle?

EN 2006

LA SITUATION

> Salaire: 22 000$

> Rente de veuve de la RRQ: 8280$

> Rente de conjoint survivant: 14 400$

> Rente du gouvernement français: 2388$

> Épargne en France: 23 400$

> REER: 54 000$

> Régime de retraite à cotisations déterminées: 53 200$

> Maison: valeur de 165 000$

> Solde hypothécaire: 18 000$

L'OBJECTIF

Âgée de 54 ans, Catherine a bossé fort toute sa vie pour un maigre salaire. Elle aimerait prendre sa retraite dans un an et demi. Au programme: un voyage de 4000$ par année.

LE CONSTAT DE LA PLANIFICATRICE FINANCIÈRE

Les rentes de conjoint survivant lui procurent une base de revenus pour une retraite à 56 ans, mais ses épargnes s'épuisent à 80 ans. Il faudra compter alors sur le capital de sa propriété.

EN 2015

Une mauvaise et une bonne nouvelle. «Ma mère ne peut pas vous parler.» Zut.

«Elle est en voyage en Thaïlande.» Chouette.

Michel nous avait écrit en 2006 au nom de sa mère Catherine qui, à 54 ans, voulait savoir si elle pourrait bientôt prendre sa retraite, au terme d'une vie de dur labeur.

Dur labeur: la formule n'est pas exagérée.

Née en France et aînée d'une fratrie de 10 enfants, Catherine avait commencé à travailler à 12 ans pour aider sa famille. Immigrée au Canada, sans éducation, elle a ensuite bossé toute sa vie dans la même usine. En 2006, après 42 ans sur le marché du travail, elle ne gagnait toujours que 22 000$ par an.

Tout comme en 2006, c'est donc par l'intermédiaire de son fils Michel que nous aurons des nouvelles fraîches de Catherine, bientôt âgée de 63 ans.

De la chance dans sa malchance

«Ça se passe bien», résume-t-il. Comme elle l'espérait, Catherine a cessé de travailler et voyage fréquemment - l'Australie, l'Asie, les Antilles, la France où elle visite ses soeurs tous les ans...

Mais pour y parvenir, rien ne s'est passé comme prévu.

«En 2007, elle a été victime d'un accident de travail, elle a perdu un doigt, raconte son fils. Ç'a été ultra compliqué et pénible. Elle a été opérée à de multiples reprises, et ils ont été obligés de lui amputer le doigt de plus en plus.»

Elle n'a plus travaillé ensuite. En 2010, alors qu'elle avait 58 ans, la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) lui a reconnu une incapacité permanente.

«La CSST l'a déclarée invalide parce que son travail était la seule chose qu'elle connaissait, explique Michel. Considérant qu'elle avait peu d'éducation, il était pratiquement impossible de la replacer ailleurs sur le marché.»

Jusqu'à 65 ans, elle touche donc une indemnité de remplacement du revenu équivalant à 90% de son salaire net.

Selon les grilles de la CSST, un revenu brut de 22 000$ en 2015 lui vaut une indemnité de 16 888$. Cette indemnité sera réduite à 75% de 65 à 66 ans, à 50% de 66 à 67 ans, à 25% de 67 à 68 ans, pour disparaître à son 68e anniversaire.

«Elle a donc des revenus garantis jusqu'à 65 ans, ce qui n'aurait pas été le cas si elle avait pris sa retraite vers 56 ans, comme elle l'espérait.»

Résultat: «Elle n'a pas grugé son capital, au contraire.»

Son REER est passé de 54 000$ à 67 000$ en 7 ans. Son compte de retraite immobilisé (CRI) contient 68 000$, contre 53 000$ en 2006.

À la suite du décès de son mari, en 2004, Catherine touchait déjà des rentes de conjoint survivant avoisinant 23 000$ avant impôts. Elle pourra toucher sa rente de la RRQ à partir de 65 ans.

Risquer un conseil

Catherine est une femme anxieuse - la vie ne lui a pas appris à compter sur la chance.

Il y a un an, après de multiples et infructueux essais, Michel a réussi à la convaincre de consulter un conseiller financier. «Elle avait peur des Vincent Lacroix de ce monde», explique-t-il.

Elle ne s'est pas départie de sa prudence pour autant. «Dans le fameux questionnaire pour le profil d'investisseur, je pense que ma mère a atteint un record: aucune tolérance au risque, elle ne veut pas perdre un dollar.»

Quand on a autant peiné pour gagner ce dollar, on ne veut pas le voir s'envoler avec la première bourrasque boursière. «Le conseiller lui a fait comprendre qu'elle n'aurait pas de gros rendement et qu'elle se battrait avec l'inflation, mais ma mère était à l'aise avec ça.»

Le coût de vie de Catherine a alors été estimé à environ 25 000$, incluant 4000$ pour ses voyages.

«Une des questions qui habitent ma mère, c'est de savoir si elle peut se payer les fameuses résidences pour personnes âgées», indique Michel.

Catherine habite toujours sa maison en banlieue de Montréal. Le solde hypothécaire de 18 000$ a été acquitté 2 ans après l'article de 2006. «Elle a tout coupé pour le payer le plus rapidement possible.»

La propriété valait alors 165 000$; elle est estimée à 300 000$ aujourd'hui.

Elle pourrait habiter sa maison actuelle pendant 3 ou 4 ans, quitte à payer 1000$ ou 2000$ par année pour l'entretien du terrain et le déneigement, fait valoir son fils. Autrement, «tant qu'elle est en forme, elle pourrait très bien acheter un condo ou prendre un appartement à moindre coût».

Le conseiller financier a fait une projection budgétaire. Si Catherine déménageait en résidence pour aînés à 68 ans, pour un loyer mensuel de 1800$, ses épargnes et la vente de sa maison lui permettraient de tenir jusqu'à 90 ans.

En somme, Catherine profite de la vie, en dépit d'une santé fragile. «Elle voyage comme prévu. Elle doit dépenser à peu près les 4000$ qu'elle avait budgétés par année. Elle est un peu nerveuse, anxieuse, mais elle va à l'aventure avec des groupes organisés.»

L'accident a été un mal pour un bien, conclut-il. «Elle voudrait probablement récupérer son doigt et les deux ans de souffrance, mais d'une certaine manière, elle est tombée à la retraite en 2010.»

Elle l'avait méritée.




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