Les entreprises canadiennes jugent que la pénurie de travailleurs compétents est le principal obstacle à l'amélioration de leur efficacité. Pourtant, elles figurent parmi celles qui forment le moins leurs employés parmi les 12 pays étudiés par le cabinet Proudfoot Consulting.

Nathalie Côté, collaboration spéciale LA PRESSE

L'étude de ce consultant international en management montre aussi que les gestionnaires et employés canadiens recevaient en moyenne huit jours de formation annuellement en 2008, soit 25% de moins que la moyenne des pays étudiés.

Cette recherche a été réalisée auprès de grandes entreprises. Dans les PME, la formation est généralement plus limitée. Selon Statistique Canada, 36% des travailleurs, toutes organisations confondues, avaient suivi une formation liée à leur emploi en 2008, pour une moyenne de 48 heures par participant.

«Le Canada se trouve sous la moyenne des pays de l'OCDE en matière de formation et le Québec se trouve sous la moyenne canadienne. Il y a encore beaucoup de travail à faire», juge Florent Francoeur, président-directeur général de l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés.

Conséquences: une productivité et une compétitivité moindre des entreprises québécoises.

Transferts avant la retraite

M. Francoeur déplore que plusieurs dirigeants perçoivent encore la formation comme une dépense, plutôt qu'un investissement. Pourtant, on estime que chaque dollar payé en formation en rapporterait trois!

Investir en formation dans les prochaines années sera d'autant plus important que l'heure de la retraite sonnera pour des milliers de personnes. En effet, les premiers baby-boomers célèbrent cette année leur 65e anniversaire!

Selon Emploi-Québec, la province aura besoin de 1,4 million de travailleurs supplémentaires au cours des 10 prochaines années, soit 367 000 pour répondre à la croissance de l'emploi et plus d'un million pour remplacer ceux qui partent à la retraite.

La formation de la relève est un enjeu majeur. Or, peu de dirigeants s'en préoccupent à l'heure actuelle. «Ils s'en vont directement dans le mur et ne s'en rendent pas compte, laisse tomber M. Francoeur. Dès 2013-2014, il y aura plus de travailleurs qui vont partir à la retraite que de nouveaux qui vont arriver sur le marché du travail.»

La relève n'aura d'autre choix que d'être plus productive que ses aînés.

Pour faire face aux départs à la retraite, une analyse des tâches de chacun dans l'entreprise s'impose.

«Il faut faire l'inventaire de qui fait quoi dans l'organisation et se demander où on en sera dans deux ans. Il faut dès maintenant se demander comment on va remplacer ceux qui partiront», signale M. Francoeur.

Or, les dirigeants ont souvent des dossiers plus urgents à régler, particulièrement dans les PME.

Certaines mutuelles de formation peuvent être appelées à la rescousse. «Nous faisons de plus en plus d'intervention dans ce sens-là, mentionne Mathieu Senécal, directeur général chez FormaPlus. Nous offrons la possibilité d'encadrer le processus de transfert de connaissances. Nous faisons un plan en identifiant les connaissances clés. Ensuite, nous évaluons si quelqu'un peut prendre la relève à l'interne, si on peut réorganiser les tâches de tout le monde ou si nous devons trouver quelqu'un à l'externe.»

Mutuelles de formation

Cet accompagnement n'est que l'un des services que les mutuelles de formation peuvent offrir.

Ces regroupements d'entreprises permettent aussi d'obtenir des formations à moindre coût et mieux adaptées aux besoins de leurs membres.

Actuellement, 16 sont reconnues par le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale au Québec. Certaines s'adressent à des entreprises dans un domaine précis, tandis que d'autres desservent plutôt les PME d'un territoire donné.

C'est le cas de FormaPlus. Fondée en 2003, elle a été la première mutuelle de formation territoriale québécoise. Ses membres sont des entreprises ayant des besoins en formation, mais n'ayant personne pour s'occuper de ce dossier à l'interne.

«Avec 160 PME membres, ce qui représente environ 6500 employés, nous avons un bien meilleur pouvoir de négociation. Nous analysons aussi les besoins des entreprises pour trouver la formation qui y répondra le mieux», mentionne M. Senécal. L'organisme peut aussi mettre sur pied des formations sur mesure si nécessaire.

Les employeurs en mal de formation peuvent également se tourner vers Emploi-Québec pour obtenir de l'aide par l'entremise de différents programmes.