En 2011, les propriétaires de forêts privées du Québec ont produit pour 203 millions de bois vendu aux usines de sciage et aux papetières. Pour le sciage, les producteurs privés ont livré 2 millions de mètres cubes de bois. De ce montant, 1,7 million de mètres cubes est allé aux papetières.

Publié le 18 févr. 2013
Guy Paquin, collaboration spéciale LA PRESSE

Le système de vente du bois aux usines de sciage est diamétralement opposé à celui qui est en vigueur dans la vente aux papetières. Pour le papier, la mise en marché se fait de façon collective, par le biais du syndicat régional des producteurs de bois affilié à l'Union des producteurs agricoles (UPA). Dans le cas de l'usine de sciage, le propriétaire du bois est laissé à lui-même.

«Dans ce cas-là, il y a entente de gré à gré entre le producteur et l'usine, confirme Marc-André Côté, directeur général de la Fédération des producteurs forestiers du Québec à l'UPA. À peu près tous les trois mois, le propriétaire de l'usine publie ses prix et sa demande (essences de bois, longueurs des billes, etc.) dans les journaux des syndicats régionaux. Après, c'est au producteur à passer à l'action.»

Ainsi, le syndicat des producteurs forestiers de la région de Québec publiait le 11 janvier 2013 la demande provenant de 34 usines de sciage et déroulage pour le feuillu dur et le tremble. C'est au producteur privé à négocier. Le syndicat n'intervient qu'en payant le producteur et en percevant ensuite la somme auprès de l'usine.

Ventes par syndicats

Dans le cas du bois privé vendu aux papetières, le système de mise en marché est complètement différent. C'est le syndicat régional qui négocie avec chaque usine au nom des producteurs de bois. On s'entend sur les prix, les quantités et les essences. C'est ensuite le syndicat qui distribue les commandes aux producteurs et se charge du transport des billes.

Pourquoi cette différence?

«Dans le cas du sciage, il y a 344 usines au Québec, spécifie Marc-André Côté. Elles sont réparties partout dans le paysage et il existe une saine concurrence entre elles. Donc, pas de danger de comportement monopoliste. Les syndicats régionaux n'interviennent donc que minimalement. Mais pour le papier, il y a 50 usines et pas plus de 10 compagnies propriétaires de ces usines. Là, nous intervenons.»

«La solution évidente, pour une grosse papetière, serait de ne faire affaire qu'avec un ou deux gros fournisseurs soit dans la forêt publique ou la forêt privée, estime M. Côté. Du coup, on «tasse» des milliers de producteurs privés. L'enjeu, c'est l'occupation active de tout le territoire québécois, la sauvegarde de cette source de revenus pour les petits producteurs privés.»

Ce système vaut pour les petits comme pour les grands producteurs, comme le confirme Raynald Arial, président et directeur général de Gestion Solifor, la scie mécanique du Fonds de solidarité FTQ. «Nos 154 000 hectares n'y changent rien. Quand nous faisons des affaires avec les papetières, c'est dans le plan conjoint géré par l'UPA.»

Les proprios des papetières voudraient voir disparaître cette gestion de l'offre. «Nous sommes très insatisfaits du régime actuel de mise en marché, insiste André Tremblay, président-directeur général du Conseil de l'industrie forestière du Québec (CFIQ) qui regroupe les usines de bois d'oeuvre et les papetières. On distribue artificiellement les commandes de bois dans toute la région. Ça fait grimper les coûts de transport. Qu'on nous laisse donc négocier directement avec les producteurs!»

Autre irritant, selon le CFIQ, il n'y a aucune obligation pour le producteur de bois privé de livrer quoi que ce soit si les conditions ne lui conviennent pas ou s'il décide de laisser reposer sa forêt. Ce qui signifie qu'il n'y a aucune garantie de livraison de la quantité commandée.

À l'UPA, on rétorque que la gestion collective de l'offre permet à 3000 producteurs forestiers privés répartis partout au Québec de tirer de leurs forêts le plus clair de leurs revenus.