Formation des ingénieurs: le génie civil en perte de vitesse

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La crise qui secoue le secteur de la construction n'est pas sans conséquence dans les universités du Québec, où les inscriptions en génie civil sont en baisse.

PHOTO STÉPHANE CHAMPAGNE, COLLABORATION SPÉCIALE

Stéphane Champagne

Collaboration spéciale

La Presse

La crise qui secoue le secteur de la construction n'est pas sans conséquence dans les facultés de génie du Québec. Bien que cyclique, le génie civil connaît actuellement une décroissance après des années fastes. Tant à l'École de technologie supérieure (ETS) qu'à Polytechnique Montréal, où l'on forme plus de la moitié des ingénieurs de la Belle Province, la baisse se fait sentir. Pendant ce temps, d'autres disciplines comme l'informatique, l'électricité et la production automatisée ont le vent en poupe.

«Le génie civil est le programme qui fluctue le plus. Dans les moins bonnes années, on accueille 50 nouveaux étudiants. Depuis 4 ans, c'était plutôt 200. Avec la commission Charbonneau, on sent qu'il y a un impact et que les besoins ont commencé à diminuer. Plusieurs projets de construction sont mis sur la glace. Et dans certains bureaux de génie-conseil, les mises à pied frôlent les 20%», explique Pierre G. Lafleur, directeur des affaires académiques et internationales à Polytechnique Montréal.

L'établissement de 7500 étudiants tente cependant d'attirer davantage de jeunes dans son programme de génie informatique, où les perspectives d'emploi sont excellentes.

«L'éclatement de la bulle techno au tournant des années 2000 en a échaudé plusieurs, soutient M. Lafleur. Nos cohortes en première année atteignaient autrefois 200 étudiants; elles sont actuellement de 60, composées surtout de garçons. Nous essayons de vendre ce programme, tout comme ceux de génie des mines et génie géologique, où on ne réussit pas à attirer assez de candidats.»

École de technologie supérieure

À l'ETS, le génie civil commence lui aussi à montrer des signes de ralentissement. Jean-Luc Fihey, directeur de l'enseignement et de la recherche à l'ETS, refuse toutefois de contingenter le programme qui s'y rattache, celui de génie de la construction.

«Des indicateurs nous laissent croire que ça va effectivement ralentir, dit-il. Par exemple, obtenir un stage devient de plus en plus difficile. Les entreprises exigent plusieurs rencontres avant d'offrir un stage, ce qui n'était pas le cas jusqu'à tout récemment. On ne peut toutefois fermer la porte à qui que ce soit. On indique alors aux jeunes que ça sera peut-être plus difficile de trouver du travail dans le domaine dans les prochaines années.»

En 2013, dit-il, la croissance en terme d'inscriptions en génie de la construction à l'ETS n'a été que de 1,4%. C'est trois fois rien si on compare ce programme avec le génie électrique, le génie logiciel et TI, de même que le génie production automatisée et opérations logistiques, dont les cohortes ont respectivement augmenté de 32%, 36% et 38% l'année dernière.

Tout compte fait, le génie dans son ensemble est sur une lancée à l'ETS. En 10 ans, le nombre d'étudiants dans les trois cycles (baccalauréat, maîtrise et doctorat) y est passé de 3400 à 7400.

Université de Sherbrooke

À l'Université de Sherbrooke, le génie connaît aussi une croissance généralisée. Les six programmes offerts ont vu leur cohorte grossir de 20% en 2013, y compris en génie civil. «Un peu comme en médecine, nous limitons le nombre d'étudiants en génie civil. Nous recrutons ceux et celles qui ont les meilleurs dossiers scolaires. Malgré la crise dans la construction, les besoins en génie civil vont demeurer, notamment en développement durable», explique Patrik Doucet, doyen de la faculté de génie.

Par ailleurs, le génie informatique, le génie chimique et le génie biotechnologique fracassent des records de popularité à l'Université de Sherbrooke, grâce à des taux d'inscriptions dont la croissance oscille entre 20% et 30%.




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