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Une révolution verte en deux temps

L'idée de permettre aux administrations municipales de financer... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE)

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L'idée de permettre aux administrations municipales de financer les propriétaires qui souhaitent faire des rénovations éco-énergétiques, comme le remplacement des fenêtres, fait son chemin au Québec.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Stéphane Champagne

Collaboration spéciale

La Presse

L'environnement a fait partie des grands oubliés lors de la campagne électorale québécoise. On peut toutefois se réjouir à l'idée que les plus récentes données montrent que la Belle Province a réduit de 6,8% ses émissions de gaz à effet de serre (GES) entre 1990 et 2012.

Toutefois, dans la lutte contre le réchauffement climatique, il y a encore beaucoup à faire. Voici deux initiatives prometteuses dont l'implantation au Québec est enclenchée et qui n'entravent en aucun cas la croissance économique: un programme de rénovations éco-énergétiques qui facilitent la vie aux contribuables, de même qu'un institut de recherche sur l'économie circulaire.

Et si les villes finançaient les rénovations?

L'idée est attrayante: payer ses rénovations à même son compte de taxes foncières. Plus intéressant encore, les sommes investies pour ces rénovations seraient financées par les villes et les municipalités à un taux avantageux. Trop beau pour être vrai? Il semble que non.

Baptisé «financement innovateur de rénovations résidentielles éco-énergétiques s'appuyant sur le mécanisme existant de taxation municipale», ce concept est en vigueur dans une trentaine d'États américains. Il fait actuellement l'objet de projets pilotes à Toronto, à Halifax et bientôt à Saskatoon. Il devrait en être de même dans quelques villes du Québec en 2014, sinon dès 2015.

«Ça fait rouler l'économie, ça augmente la valeur foncière des maisons et ça permet aux gens d'économiser sur leur facture d'énergie», explique Bruno Gobeil, consultant principal chez Dunsky, firme montréalaise spécialisée en efficacité énergétique.

Des villes québécoises intéressées

C'est d'ailleurs Dunsky qui a reçu le mandat de produire une étude d'implantation du programme au Québec. Cette étude a été financée par Desjardins, de même que par les gouvernements fédéral et provincial.

Cinq villes de la province se sont montrées intéressées pour la mise en place d'un projet pilote: Chambly, Plessisville, Varennes, Verchères et Victoriaville.

Seules les rénovations éco-énegétiques (travaux d'isolation, conversion vers un mode de chauffage plus performant, nouvelle fenestration, etc.) sont admissibles.

Selon les modèles existants, les travaux sont financés à 100% par les villes participantes à un taux aussi avantageux, sinon meilleur, que les institutions financières. Le remboursement s'effectue par l'entremise du compte de taxes foncières sur 3, 5, 10 voire 15 ans (selon le montant investi et les conditions d'emprunt).

La beauté de la chose: la dette est transférable. Autrement dit, si vous vendez votre maison, c'est le prochain propriétaire qui devra poursuivre les paiements de rénovation.

«Ça fait en sorte que les gens n'auront plus à se poser la question si, oui ou non, ça vaut la peine de rendre leur maison plus éco-énergétique, même s'ils prévoient déménager dans cinq ans», explique Bruno Gobeil.

Pour ceux et celles qui refusent de voir les villes jouer aux créanciers, Bruno Gobeil a un argument de taille: «Les municipalités ne peuvent pas faire faillite. Le taux de défaillance des taxes municipales est moins de 1%. Tout le monde paye ses impôts fonciers», dit-il.

La fin de l'économie linéaire

Le cycle traditionnel associé à l'économie dite «linéaire» (fabriquer un bien, le consommer, puis le jeter) exerce une pression insoutenable sur les ressources, et donc sur la planète. La solution à cette problématique viendrait de l'économie circulaire, soutient le biologiste Daniel Normandin.

Or, bonne nouvelle pour le Québec, l'Université de Montréal vient tout juste de nommer M. Normandin à la tête de ce qu'il est désormais convenu d'appeler l'Institut de l'environnement, du développement durable et de l'économie circulaire.

L'économie circulaire est aux antipodes de l'obsolescence programmée. Bref, elle vise à rentabiliser les ressources au maximum. Elle s'inspire du concept d'éco-conception Cradle to Cradle (du berceau au berceau), proposé par le chimiste allemand Michael Braungart et l'architecte américain William McDonaugh.

Des exemples: des produits électroniques dont les pièces sont interchangeables; des électroménagers qui peuvent facilement être reconditionnés; des vêtements dont la deuxième vie est programmée d'avance; des produits davantage biodégradables dans un plus court laps de temps, etc.

Pelletage de nuage que tout cela? Au contraire: la Chine a voté une législation pour l'adoption de pratiques en lien avec l'économie circulaire. La ministre française de l'Écologie, Ségolène Royal, entend intégrer l'économie circulaire parmi ses quatre grands chantiers.

«En maintenant une économie linéaire, nous allons foncer dans un mur, croit Daniel Normandin. Nous nous dirigeons donc immanquablement vers l'économie circulaire. D'ici 2030, il y aura 5 milliards de consommateurs de classe moyenne. La planète ne pourra fournir suffisamment de ressources pour répondre à la demande.»

Rôle de l'institut

Le rôle de l'institut dirigé par Daniel Normandin sera de «créer des synergies afin de favoriser l'émergence de l'économie circulaire». Gouvernements, entreprises et organismes seront donc immanquablement appelés à travailler ensemble.

Selon lui, la tendance est là. «Les jeunes ne sont plus intéressés à acheter des objets qui perdent de leur valeur dès qu'on les déballe, dit-il. Ce qu'ils veulent, c'est acheter une expérience. À mon avis, la location va remplacer l'achat. Et les entreprises qui feront la location vont s'arranger pour redonner une nouvelle vie aux produits usés afin de les remettre en circulation. La beauté de l'économie circulaire est qu'elle ne va pas à l'encontre de la croissance économique.»

Difficile, selon lui, de trouver un exemple plus tangible de développement durable. «L'expression développement durable est devenue un fourre-tout que tout le monde utilise quand ça les arrange. C'était trop conceptuel, trop difficilement applicable. Dans ce cas-ci, l'économie circulaire va carrément changer nos façons de produire et de consommer. Il n'y a pas de modèle plus vertueux que cela.»

COÛTS EN ÉNERGIE D'UNE MAISON

17%

Part de l'eau chaude dans la consommation énergétique d'un logement.

21%

Part des appareils électriques dans la consommation d'électricité d'un logement.

50%

À lui seul, le chauffage représente plus de la moitié de la consommation énergétique d'un logement. Une mauvaise isolation entraînera des pertes de chaleur pouvant atteindre 40%.

Source: Hydro-Québec

DANS LES BACS

2,5

Parmi les 2,5 millions de tonnes de matières résiduelles les plus couramment récupérées au Québec, les métaux, le papier, le carton, les plastiques et le verre représentaient une valeur de 550 millions de dollars et procuraient plus de 10 000 emplois directs.

13

Les Québécois produisent annuellement environ 13 millions de tonnes de matières résiduelles.

38

Nombre de centres de tri de matières résiduelles au Québec.

Sources: MDDEP et Recyc-Québec




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