Le réseau électrique est-il suffisamment solide pour soutenir le passage au véhicule électrique?

Marc Tison LA PRESSE

Une question, comme ça: dans l'hypothèse où les véhicules électriques gagnent en popularité au Québec, à quel point la demande d'électricité sera-t-elle accrue?

Nous posons l'hypothèse - puisqu'il faut en poser une - qu'il y aurait un transfert de 20% de l'essence vers l'électricité sur une période de 15 ans. De quelle quantité d'électricité s'agit-il? Hydro-Québec pourrait-il soutenir cet accroissement de la demande? Approchons le problème par trois avenues différentes.

L'approche simpliste du journaliste

En 2011, les transports routiers ont entraîné la vente de 8,3 milliards de litres d'essence au Québec. Supposons que 20% de cette essence soit remplacée par l'électricité, soit 1,67 milliard de litres.

Nous utilisons comme base de calcul la consommation moyenne sur 100 km, telle qu'évaluée par Hydro-Québec, soit 16 kWh pour la voiture électrique rechargeable et 8,2 litres pour la voiture à essence. Sur 1,67 milliard de litres, la règle de trois nous amène à 3,6 TWh.

L'approche systématique de la Régie de l'énergie

Avec la même prémisse d'un transfert de 20%, la Régie de l'énergie du Québec (REQ) a fait un parcours différent, pour arriver à un résultat du même ordre de grandeur.

Le Québec compte 3 016 000 automobiles immatriculées au Québec. Une tranche de 20% donne 600 000 véhicules.Selon Ressources naturelles Canada, chaque véhicule automobile québécois parcourt 14 300 km par année, soit une utilisation uniforme de 40 km par jour.

La Régie de l'énergie fait ici l'hypothèse que ce véhicule est l'équivalent de la voiture tout électrique Nissan Leaf.

Ses batteries ont une capacité de 24 kWh pour une autonomie de 175 km en conditions idéales. En théorie, chaque kilomètre parcouru tirerait donc 0,14 kWh.

«Le fabricant indique une consommation nominale de 0,212 kWh/km, et recommande d'utiliser les batteries entre 20 et 80% de leur état de charge maximale», précise toutefois Véronique Dubois, porte-parole de la Régie de l'énergie, dans un courriel résumant la démonstration. «Il faut tenir compte du rendement de charge (95%) mais surtout du rendement du cycle de charge/décharge dans les conditions hivernales québécoises et de la consommation additionnelle d'électricité pour le dégivrage des vitres et le chauffage des sièges. Il serait donc raisonnable de doubler la consommation d'électricité pour tenir compte de ces facteurs, soit 0,5 kWh/km.»

Un parc de 600 000 véhicules électriques parcourant chacun 14 300 kms par an avec une consommation de 0,5 kWh/km consommerait donc 4,3 TWh par année.

L'approche approfondie d'Hydro-Québec

Hydro-Québec a établi ses cotes de consommation en comparant l'usage d'une voiture électrique rechargeable (Nissan Leaf) et d'une petite voiture à moteur thermique (Honda Civic). Ce sont ces essais qui ont mené aux performances de 16 kWh pour la voiture électrique rechargeable et 8,2 litres pour la voiture à essence.

Selon les études d'Hydro-Québec, un million de véhicules électriques rechargeables consommeraient chaque année 3 milliards de kWh ou 3 TWh. C'est l'équivalent de la production d'une centrale de taille moyenne comme Eastmain-1.

«On a fait des projections en regardant notre réseau et la consommation d'un véhicule qu'on connaît comme la Leaf, indique Pierre-Luc Desgagné, directeur principal, planification stratégique, chez Hydro-Québec. Ça nous amène à conclure que jusqu'à un million de véhicules électriques, on n'a besoin d'aucun investissement majeur sur le réseau.»

À raison de 18 000 km parcourus par année, l'usage d'un véhicule électrique équivaut à la consommation d'un chauffe-eau de 40 gallons. «Pour charger son véhicule électrique principalement à la maison, l'ordre de grandeur est de 250$ par année», informe M. Desgagné.

«Un véhicule électrique pour notre réseau, ajoute-t-il, c'est comme ajouter un nouvel appareil électrique qui est branché de façon régulière sur le réseau de la résidence. Pas plus pas moins.»