Une douche qui permet d'économiser 80% de l'eau sans perdre son côté agréable, voilà qui ne fera pas de tort aux Canadiens, eux qui sont parmi les plus grands consommateurs d'eau sur la planète, avec une utilisation moyenne de 350 litres par jour. L'invention a bel et bien vu le jour, et c'est Reveeco, une entreprise québécoise qui s'apprête à la mettre sur le marché.

Caroline Rodgers, collaboration spéciale LA PRESSE

La PME montréalaise a développé une douche écologique, mais aussi électronique. Elle permet de réaliser jusqu'à 80% d'économies d'eau, mais aussi entre 50% et 70% d'économies en électricité par rapport à une douche conventionnelle, tout en maintenant un débit important.

«Nous avons breveté une technologie simple et peu coûteuse de séparation en continu de l'eau propre et de l'eau souillée, explique Romain Jallon, président de Reveeco. Cette technologie permet d'évacuer l'eau souillée du système et de réutiliser l'eau propre rendue potable grâce à une filtration et un traitement antibactérien.»

Bon débit d'eau

Ainsi, contrairement à ce que l'on serait tenté de croire, le débit de l'eau n'est pas moindre, mais en fait, plus important que celui d'une douche classique, à cause de ce traitement en circuit fermé. De plus, une commande électronique remplace les robinets pour régler le débit et la température, affichant même l'économie d'eau réalisée.

«Comme tout est réglé électroniquement, il n'y a pas de perte de charge si quelqu'un d'autre ouvre un robinet dans la maison. La température et le débit demeurent constants», dit celui qui a eu son idée d'entreprise... en prenant une douche!

Marchés visés

Reveeco vise d'abord le marché résidentiel et hôtelier québécois. Le système, en phase de précommercialisation, est d'ailleurs à l'essai dans le cadre d'un projet-pilote au spa de l'Hôtel Delta Montréal. La douche, qui devrait à terme porter le nom d'e-shower, sera disponible d'ici deux mois pour les consommateurs. Mais Reveeco n'entend pas s'arrêter là. Une fois qu'elle sera bien implantée au Québec, elle vise également les États-Unis et le marché international.

«L'Europe représente un bon potentiel, car l'eau y est très chère, contrairement à ici, dit Romain Jallon. Et il y a des endroits dans le monde où il y a un réel manque d'eau. Dans certaines îles et certains pays, il n'y a pas d'eau potable et ils sont obligés de dessaler l'eau de mer, ce qui coûte très cher et consomme de grandes quantités d'énergie.»

Or, jusqu'à maintenant, une telle technologie n'existait pas ailleurs, selon lui. «En Australie, où les problèmes d'eau sont importants, il y a bien un système qui permet de réutiliser l'eau de douche, mais c'est complètement différent. L'utilisateur peut appuyer sur un bouton pour actionner une pompe, l'eau est alors aspirée par le drain et recoule sur la tête, mais il n'y a alors aucun contrôle de la qualité de l'eau. Si la personne échappe du savon, sa douche devient un bain moussant.»

La nouvelle douche, qui sera entièrement assemblée au Québec avec des composantes venues d'un peu partout dans le monde, coûtera entre 2000$ et 2500$. «C'est plus cher que certains produits d'autres fabricants québécois, mais c'est un produit haut de gamme, dit M. Jallon. L'eau s'écoule autour d'une plaque de verre. De plus, on a un retour sur l'investissement du fait qu'on réalise des économies d'électricité, parce que l'eau est réutilisée alors qu'elle est encore chaude.»