Ceux qui croient que les comptables sont des êtres uniquement cartésiens, dénués de toute émotivité, devront se raviser. Le long processus qui nous amène finalement aujourd'hui à la fusion des trois ordres comptables l'a démontré de façon irréfutable.

Jean Gagnon., collaboration spéciale LA PRESSE

Le gouvernement du Québec avait demandé pour la première fois en 1970 aux comptables de lui proposer un projet de fusion, rappelle Daniel McMahon, qui vient tout juste d'être nommé président et chef de la direction de l'Ordre des comptables professionnels agréés (CPA) du Québec.

Mais ce n'est que le 16 mai 2012, plus de 40 ans plus tard, qu'est entrée en vigueur la Loi sur les comptables professionnels agréés instituant du même coup l'Ordre des CPA.

On regroupe ainsi les quelque 35 000 comptables appartenant à l'Ordre des comptables agréés (CA), à l'Ordre des comptables généraux accrédités (CGA) et à l'Ordre des comptables en management accrédités (CMA) dans un seul ordre.

André Vincent, aujourd'hui associé et directeur des équipes de vérification chez Deloitte, se rappelle qu'au moment où il faisait son entrée dans la profession, les trois ordres comptables tentaient de mettre en place un processus qui les mènerait à une fusion. C'était en 1987. Le projet avorta, comme quelques autres par la suite dont le plus récent échec en 2004.

Si toutes ces tentatives furent infructueuses, c'est qu'elles se heurtaient continuellement à la sensibilité des membres.

«Les comptables, peu importe à quel ordre ils appartenaient, ressentaient un attachement très fort à leur titre respectif, ainsi qu'aux critères d'admission de leur ordre», explique Daniel McMahon, qui était au moment de la fusion le président de l'Ordre des CA.

Le projet de fusion présenté en 2004 est venu bien prêt de gagner l'assentiment des membres des trois ordres, rappelle-t-il. Mais à la toute fin, l'idée de devoir abandonner leur désignation s'était avérée inacceptable pour les comptables. «L'émotivité l'emportait à nouveau sur la raison», dit-il.

Pour résoudre ce problème, le déclencheur allait être l'adoption d'une double désignation.

CPA dans 10 ans

En effet, on ne laissera pas tomber les désignations actuelles pour celle de CPA dès maintenant. Pendant une période de 10 ans, le titre sera annoté. Selon leurs ordres respectifs, ils deviendront des CPA CA, des CPA CGA ou des CPA CMA. «Le fait de conserver les désignations actuelles a fait tomber l'émotivité et a permis l'unification des ordres», dit Daniel McMahon.

Le processus d'unification des ordres était plus que jamais au programme à la suite d'un changement des règles amorcé en 2007, soit l'ouverture de la fonction d'audit public à tous les comptables.

Cette fonction d'audit public avait toujours été la chasse gradée des CA. Ce décloisonnement de la comptabilité publique ouvrait la porte à une fusion des trois ordres.

Au gouvernement, on pensait alors que tout était réglé et qu'une unification des ordres était devenue inévitable et allait facilement se concrétiser. Tel ne fut pas le cas. L'attachement des membres à leur ordre respectif persistait, si bien qu'en décembre 2010 le gouvernement a dû réunir les dirigeants des trois ordres afin de leur demander de mettre en marche un processus définitif de fusion.

Un peu plus d'un an plus tard, c'est chose faite grâce à la double désignation.

Une suite logique

La fusion des trois ordres comptables s'inscrit dans une suite logique, explique Gilles Malette, associé chez Raymond Chabot Grant Thornton.

«Avec le temps, les distinctions entre les différents ordres s'amenuisaient», dit-il. La fusion facilitera le développement de la formation et de pratiques uniformes, selon lui.

Pour les cabinets, la fusion favorisera le recrutement. Ils se retrouveront devant une plus grande diversité de candidats, étant donné que ceux-ci n'auront plus à faire un choix entre trois programmes différents, selon André Vincent.

De plus, les trois ordres n'auront plus à se concurrencer entre eux pour attirer les candidats, mais pourrons plutôt concurrencer les autres professions, ajoute Gilles Malette

Les individus qui pratiquent la profession de comptables profiteront aussi de la fusion. «Le manque de collaboration entre les ordres nuisait aux professionnels», dit André Vincent.

Et pour l'industrie de la comptabilité, le grand avantage sera de faciliter la compréhension des utilisateurs, assure Stephan Robitaille, le président du conseil d'administration du nouvel Ordre des CPA. «On aura plus à expliquer le type de comptable que l'on est», dit-il.