Cela fait 27 ans que Marc Lalonde, coordonnateur des programmes à l'École nationale d'aérotechnique (ENA), est enseignant. Il a vu passer de nombreuses cohortes d'élèves. Il a aussi assisté à de profondes évolutions, non seulement parmi les élèves, mais aussi dans les attentes des entreprises.

Mis à jour le 31 janv. 2019
DIDIER BERT LA PRESSE

Le profil des élèves a-t-il changé ?

Dans les années 90, les élèves avaient l'habitude de bricoler. Ils faisaient de la mécanique sur leurs vélos. Leurs automobiles étaient des seconde main, sur lesquelles ils passaient du temps à manipuler de la mécanique... Au fur et à mesure des années, nous avons dû ajuster notre enseignement pour apprendre aux élèves ce qui était naturel avant et qui ne l'est plus aujourd'hui : utiliser des outils. La grande majorité des élèves ne sont plus à l'aise avec des gestes de mécanique de base, comme savoir dans quel sens on visse et on dévisse. Même ceux inscrits en maintenance d'aéronefs.

Quelle place la technologie a-t-elle prise en classe ?

La technologie est utilisée abondamment en classe. Aujourd'hui, on montre un moteur en fonctionnement sur une vidéo publiée sur l'internet. On utilise des tablettes numériques pour avoir accès aux plans des aéronefs. Dans le passé, on n'avait que des photocopies ! Pour les élèves, c'est hyper simple. S'ils ne sont plus aussi habitués au travail manuel que leurs prédécesseurs, ils peuvent être plus à l'aise que des enseignants pour utiliser les technologies. Surtout, les élèves connaissent énormément de choses : ils savent ce qui se passe dans le monde, et si telle personne a essayé tel moteur dans un autre pays.

Le parcours des élèves a-t-il changé ?

Les élèves qui arrivent ici sont toujours des passionnés de l'aérospatiale, de la haute technologie et de la science. Mais quand ils achèvent leur formation, ils sont désormais 40 % à poursuivre à l'université. Ce mouvement ne date que de quelques années. Auparavant, les diplômés partaient immédiatement sur le marché du travail, où ils pouvaient trouver de bonnes conditions salariales, ce qui est toujours le cas. À présent, ils font une technique, puis ils vont ajouter un côté théorique à leur parcours. La poursuite d'études est valorisée socialement, mais cela cause des pénuries de main-d'oeuvre : ces diplômés manquent aux entreprises !

Les attentes des entreprises ont-elles évolué ?

Les besoins des entreprises se sont transformés. Depuis cinq ans, les recruteurs insistent sur les qualités humaines et relationnelles. Les entreprises aérospatiales ne demandent plus seulement des compétences techniques : elles veulent des travailleurs ponctuels, honnêtes, qui respectent leurs collègues. En classe, les élèves travaillent en équipe, comme ils le feront en entreprise où on ne leur fera pas choisir leurs équipiers. Et quand ils font une erreur, ils doivent apprendre à la divulguer. Avant, on disait d'un élève qu'il était bien élevé ou pas. Aujourd'hui, on parle des qualités humaines comme une compétence qui, pourquoi pas, pourrait un jour être inscrite dans notre programme d'études. »