Le Canada et le Québec sont très actifs dans l’industrie spatiale, et les entreprises du secteur concentré dans le Grand Montréal brassent des affaires dans différents pays pour s’attaquer à toutes sortes d’enjeux. Survol.

Publié le 7 juin
Martine Letarte
Martine Letarte Collaboration spéciale

Canicules, ouragans, incendies de forêt : alors que les impacts des changements climatiques commencent à être de plus en plus visibles et préoccupants, les entreprises ressentent la pression de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Pour les aider à réaliser ce défi, l’entreprise montréalaise GHGSat a développé un système de détection et de mesure de leurs émissions de GES grâce à des satellites.

« Les grandes entreprises promettent à leurs actionnaires qu’elles réduiront leurs émissions de GES, même qu’elles deviendront des entreprises à zéro émission en 2030 ou en 2050, alors elles doivent faire le suivi de leurs progrès », explique Stéphane Germain, président-directeur général de GHGSat.

L’entreprise se concentre sur le méthane.

Nous pourrions aussi mesurer le dioxyde de carbone, mais la demande commerciale est vraiment pour mesurer le méthane qui, à court terme, a un effet entre 80 et 85 fois plus grand sur les changements climatiques.

Stéphane Germain, président-directeur général de GHGSat

L’entreprise fondée en 2011, qui compte environ 100 employés dans le monde, dont les deux tiers sont au Québec, a parmi ses clients plusieurs acteurs industriels importants. « Nous en avons en Europe, aux États-Unis, en Asie et dans l’Ouest canadien, indique Stéphane Germain. Nous n’en avons pas encore au Québec, mais il y a des occasions d’affaires, notamment avec les sites d’enfouissement et les raffineries. »

Pour réaliser cette surveillance, GHGSat a cinq satellites commerciaux actuellement en orbite, en plus du premier qui avait été lancé en 2016 à des fins de démonstration. L’entreprise prévoit avoir 10 satellites commerciaux en orbite d’ici la fin de 2023.

« Nos satellites sont en haute résolution pour nous permettre d’attribuer les émissions à la bonne source et non à l’entreprise voisine, explique-t-il. Pour voir aussi en largeur, nous avons besoin de plusieurs satellites. »

Un écosystème d’entreprises

GHGSat est un exemple parmi de nombreuses entreprises québécoises actives dans l’industrie spatiale. Récemment, Aéro Montréal, la grappe aérospatiale du Québec, a réalisé une cartographie des entreprises du secteur spatial et elle en a recensé 178, soit 62 qui sont des PME de moins de 100 employés et 116 institutions, centres de recherche ou organismes à but non lucratif.

« Parmi ces entreprises, 57 % travaillent en amont, donc réalisent de la recherche, de l’ingénierie, ou fabriquent des systèmes terrestres ou spatiaux », indique Suzanne Benoit, présidente-directrice générale d’Aéro Montréal.

Les autres entreprises travaillent en aval. « Elles réalisent des opérations satellitaires, offrent des applications, des produits ou des services à valeur ajoutée, notamment dans les domaines de l’observation terrestre et des télécommunications », ajoute-t-elle.

Les entreprises du secteur spatial au Québec sont concentrées à 72 % dans le Grand Montréal. « Cela permet d’avoir une collaboration étroite entre les entreprises, les universités et les centres de recherche », indique Suzanne Benoit.

La présence de l’Agence spatiale canadienne à Longueuil insuffle aussi du dynamisme à l’industrie. Par exemple, près de 40 ans après que le bras spatial canadien, le Canadarm, a fait la réputation du Canada, elle a donné à l’entreprise canadienne MDA le contrat de construction du Canadarm3, un système robotique de deux bras pour la station spatiale lunaire internationale Gateway.

Dans la région de Québec, on a aussi développé une grande force en optique-photonique, notamment grâce à la présence de l’Institut national d’optique.

« Le Canada et le Québec continuent de montrer leur savoir-faire dans le domaine spatial, indique Suzanne Benoit. C’est une bonne chose, parce que c’est un secteur en forte ébullition dans le monde, puisqu’il permet de trouver des solutions à nos enjeux actuels. »

En savoir plus

  • 1000 milliards US
    La banque américaine Morgan Stanley estime que les revenus de l’industrie spatiale dans le monde atteindront 1000 milliards de dollars américains en 2040.
    source : Morgan Stanley