Depuis peu, la Chine et la Russie n’ont plus le monopole du scandium. Rio Tinto Fer et Titane leur fait désormais concurrence depuis son usine de Sorel-Tracy. Survol de ce minéral rare et de son importance.

Publié le 6 juin
Emilie Laperrière
Emilie Laperrière Collaboration spéciale

Le scandium, ça vous dit quelque chose ? Il s’agit d’un élément métallique blanc argenté entrant dans la catégorie des terres rares. Le minéral est utilisé en alliage avec l’aluminium pour régler en grande partie les deux problèmes du métal gris : sa résistance mécanique et sa résistance à la chaleur. L’aluminium devient ainsi beaucoup plus intéressant pour l’aéronautique, le secteur militaire, l’impression 3D ou les télécommunications.

PHOTO FOURNIE PAR RIO TINTO FER ET TITANE

L’oxyde de scandium

Le scandium peut aussi être vendu dans sa forme pure. « Il a plusieurs applications, comme l’éclairage ou les lasers pour les stades ou les studios », souligne le chef de service de l’usine, Frédéric Benoit. « Il entre surtout dans la fabrication des piles à combustible à oxyde solide, qui sont utilisées entre autres comme source d’énergie pour les centres de données et les hôpitaux. »

Un procédé vert

Rio Tinto Fer et Titane (RTFT) était déjà établi à Sorel-Tracy. L’entreprise y transforme le minerai d’ilménite en titane et en fer. « On s’est rendu compte en 2015 que l’ilménite contient du scandium, qui se ramassait dans les résidus », raconte Frédéric Benoit.

L’entreprise a donc mis au point un procédé qui permet d’extraire le scandium dans le cadre de son processus de production existant. En plus de créer de la valeur à partir des déchets, cette façon de faire n’entraîne pas d’émissions atmosphériques. « On extrait du scandium sans polluer davantage. Ça pourrait même devenir un procédé carbone neutre ou récupérateur d’énergie dans le futur », souligne le responsable des opérations.

PHOTO FOURNIE PAR RIO TINTO FER ET TITANE

L’équipe de l’usine de scandium. De gauche à droite : William Laflamme, Guy Gaudreault (directeur général de RTFT), Nathalie St-Louis, Benoit Laflamme, Nathalie Yelle, Frédéric Benoit (chef de service), Yannick Masse et Yvan Kéroack.

L’usine de scandium a été inaugurée en juin 2021. « On vient tout juste de produire notre premier lot d’oxyde de scandium de haute pureté. On est maintenant rendus à roder l’usine et à gagner en efficacité. On veut aussi apprendre des installations pour développer le futur », remarque Frédéric Benoit. Pour l’instant, sept travailleurs s’affairent à Sorel-Tracy. D’autres embauches suivront.

La technologie a été développée et testée à Sorel-Tracy par des chercheurs du Centre de technologie de minéraux critiques de RTFT.

Le minerai vient du Québec, la technologie aussi. Le scandium est transformé ici, et on fait l’alliage au Québec. C’est vraiment un projet important pour la province.

Frédéric Benoit, chef de service, Rio Tinto Fer et Titane

L’oxyde de scandium représente un marché relativement petit de 12 tonnes par an. Selon Frédéric Benoit, c’est surtout l’approvisionnement qui limitait son développement jusqu’à présent.

« Ceux qui ont besoin de scandium ont de la difficulté à s’approvisionner en Chine et en Russie en raison du volume, mais aussi de la situation géopolitique. Les consommateurs nord-américains n’aiment pas vraiment être dépendants de ces pays pour un minéral comme celui-là », relève Frédéric Benoit.

Le chef de service sent toutefois que le marché pourrait grandir avec la venue de ce producteur bien de chez nous, le premier en Amérique du Nord. Rio Tinto Fer et Titane planche d’ailleurs déjà sur la phase 2, qui augmentera la capacité de production de son usine. « La réponse est très positive. Une décision d’investissement devrait être prise d’ici la fin de l’année. »