La PME Bähler Biogas, de Sherbrooke, entend bien profiter de la politique énergétique 2030 du gouvernement québécois qui met de l’avant la production de bioénergie. Son approche se distingue par l’aménagement de sites de biométhanisation de petite taille (30 000 tonnes), dont le biogaz sera vendu à Énergir. Mais rien n’est acquis et tout est à faire, soutient le président de l’entreprise, David Bähler, dans ce marché porteur où des déchets sont transformés en énergie et en fertilisant.

Publié le 24 mai
Stéphane Champagne
Stéphane Champagne Collaboration spéciale

Jusqu’à tout récemment, David Bähler gagnait très bien sa vie dans la construction agricole. Au cours des 10 dernières années, il a participé, surtout en Ontario, à la mise en place d’une vingtaine de projets de centrales de biométhanisation, dans lesquels il était notamment responsable d’aménager les immenses cuves en béton.

Fort de son expérience de sous-traitant, il a voulu passer à une vitesse supérieure en devenant maître d’œuvre. L’entrepreneur a donc cofondé Bähler Biogas en 2017 avec le précieux concours de Félix Elbert.

Allemand d’origine, M. Elbert est spécialisé en technologie et en développement. Il a été chef de projet pour l’une des plus grandes entreprises allemandes de biométhanisation, avec laquelle il a participé à la construction de quelque 150 sites.

La PME se présente d’ailleurs comme une experte dans la conception et la construction d’usines de digestion anaérobique. Ce processus de décomposition biologique contrôlée (sans oxygène) génère à la fois du biogaz convertible en énergie et un résidu solide valorisable appelé digestat.

Les projets dans les grands centres comme Montréal ou Québec sont en train de se mettre en place. Nous, ce qu’on vise, ce sont les plus petits marchés. Notre but est de détourner les matières organiques qui s’en vont à l’enfouissement et de les valoriser en en faisant de l’énergie.

David Bähler, président et cofondateur de Bähler Biogas

Lentement mais sûrement, Bähler Biogas injecte temps et argent dans la recherche de sites pouvant recevoir une usine de biométhanisation. L’entreprise a fait ses preuves à Lennoxville, au Centre de recherche et de développement (CRD) d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). Grâce à la construction complète d’un petit bioréacteur (environ 15 tonnes), la PME a désormais une belle carte de visite à présenter à des clients potentiels.

Le défi de l’acceptabilité sociale

Pourtant, David Bähler a parfois l’impression de nager à contre-courant.

En 2020-2021, la Ville de Bromont était prête à accueillir un bioréacteur de Bähler Biogas dans son Technoparc. Mais la grogne citoyenne aurait eu raison du projet, déplore le chef d’entreprise. « Il y a encore un gros problème d’acceptabilité sociale. Et des projets qui ont mal tourné font en sorte qu’on a parfois mauvaise presse », dit-il.

PHOTO FOURNIE PAR BÄHLER BIOGAS

Un des sites de biométhanisation auxquels la PME Bähler Biogas a participé ces dernières années.

Consolation pour la PME : Cowansville, ville voisine de Bromont, s’est montrée intéressée par la technologie de l’entreprise québécoise. « On s’est entendus pour faire cela directement sur le site d’enfouissement de la ville, explique M. Bähler. Je ne vois pas qui pourrait s’y opposer. On a des lettres d’intention et tout, mais ça reste encore difficile, surtout pour ce qui est de l’approvisionnement. »

Selon lui, trouver de la matière organique ou des résidus agricoles de qualité figure parmi les défis les plus ardus.

Dans ce marché en devenir, David Bähler demeure néanmoins optimiste. Il ne cherche pas à concurrencer les grands acteurs européens qui lorgnent le Québec au moyen de mégaprojets, comme c’est le cas de Nature Energy. Moyennant 100 millions, ce géant danois prévoit la construction de deux usines à Farnham (près de Cowansville…) afin d’y traiter chaque année plus de 1 million de tonnes de lisier et de déchets agricoles.

En savoir plus

  • 25 %
    Dans sa Politique énergétique 2030, le gouvernement du Québec veut augmenter de 25 % la production de bioénergie, par rapport à celle de 2013. Le gaz naturel renouvelable issu de la biométhanisation est considéré comme une source de bioénergie.
    Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles