Oui, la pandémie aura ébranlé des certitudes, comme celle qu’on pouvait toujours avoir instantanément n’importe quel produit, même celui qui vient d’un des coins les plus reculés de l’Asie, et ce, pour des pacotilles. Il aura fallu remettre en question les façons de faire et trouver différentes stratégies pour continuer à livrer la marchandise. Quelles sont les clés de cette résilience ?

Publié le 18 mai
Martine Letarte
Martine Letarte Collaboration spéciale

Les Québécois connaissent le Groupe Robert pour ses remorques qu’on voit sur les routes. Mais l’entreprise offre aussi des services d’entreposage à sa clientèle, et ce volet de ses activités sera beaucoup plus visible avec le centre de distribution qu’elle est en train de construire à Varennes. « Il aura 150 pi de haut, donc les gens ne pourront pas le manquer ! », s’exclame Jean-Robert Lessard, vice-président, affaires publiques, du Groupe Robert.

« Il pourra contenir 25 000 palettes d’aliments frais et 25 000 palettes d’aliments congelés, des types de produits qui sont très demandés », précise-t-il.

Ce nouveau centre de distribution nécessite un investissement de plus de 150 millions de dollars. Prévu avant la pandémie, ce projet est encore plus pertinent dans le contexte où de nombreuses entreprises ont réalisé que l’entreposage des stocks était important. « Avant, les gens voyaient l’entreposage de stocks comme un coût, mais maintenant, ils ont réalisé que de se retrouver sans stocks et devoir arrêter, par exemple, leur chaîne de production a de grandes répercussions », indique M. Lessard.

Toutefois, comme pour toutes les entreprises, trouver de la main-d’œuvre est un défi pour le Groupe Robert, qui compte plus de 3000 employés au Canada. L’une des solutions est d’investir dans des outils technologiques.

Notre nouvel entrepôt à Varennes sera presque totalement robotisé. Et déjà, ce qui nous aide beaucoup alors que la main-d’œuvre est difficile à trouver, c’est que nous avons des systèmes hyper performants qui nous permettent de faire plus avec moins. Par exemple, la répartition du travail des camionneurs est complètement automatisée et le suivi aussi : il n’y a plus de papier.

Jean-Robert Lessard, vice-président affaires publiques, Groupe Robert

Améliorer l’attractivité du secteur

Si l’automatisation et la robotisation viennent donner un coup de pouce, il reste que l’humain demeure essentiel. Et qu’il faut attirer des gens dans l’industrie. D’autant plus que les nouvelles habitudes de consommation de la population, avec le magasinage en ligne, ne feront pas diminuer les besoins de transport de marchandises ! Cela vient aussi créer d’autres réalités pour les travailleurs.

« Par exemple, les conducteurs de camion ne sont plus que des hommes qui partent pour des voyages de deux semaines : c’est un métier ouvert à tout le monde et il y a des gens qui travaillent en semaine, de 8 h à 17 h, et qui sont chez eux les soirs et les fins de semaine », affirme Mathieu Charbonneau, directeur général de CargoM, la grappe métropolitaine de logistique et de transport de Montréal.

Alors que la pénurie est aussi réelle notamment chez les débardeurs dans les ports, des réflexions sont en cours. « Ce sont des emplois bien rémunérés, mais l’horaire suit l’arrivée des navires qui ne se fait pas seulement les jours de semaine, alors c’est un enjeu pour la nouvelle génération qui accorde plus d’importance à la conciliation travail-famille : il faut donc trouver un juste milieu qui permet de garder ceux qui sont en poste et de recruter des nouveaux », indique Mathieu St-Pierre, président-directeur général de la Société de développement économique du Saint-Laurent.

Miser sur les données

Si l’automatisation et l’utilisation de systèmes informatisés avec des outils d’aide à la décision permettent de fonctionner avec moins de personnel, ils ont aussi d’autres avantages.

« Ces outils permettent une meilleure efficacité opérationnelle, donc cela amène une réduction de l’empreinte carbone », affirme M. St-Pierre.

La production de données permet aussi différentes initiatives innovantes, comme la mutualisation des déplacements.

« Des entreprises s’échangent des données pour pouvoir ensuite partager des camions, par exemple, explique M. Charbonneau. Des projets du genre naissent un peu partout. C’est un élément qui incite les entreprises à investir pour collecter leurs données, et d’ailleurs, il y a beaucoup de subventions offertes dans ce domaine pour aider les PME. »

Ainsi, si la pandémie a créé tout un casse-tête pour les entreprises actives dans le secteur du transport de marchandises, elle les aura aussi amenées à améliorer leurs processus. Elle aura aussi changé la perception de bien des gens par rapport à ce domaine d’activité.

« C’est certain qu’il y a un enjeu d’acceptabilité sociale, indique M. Charbonneau. Mais la pandémie aura montré à la population que si, bien sûr, on peut apporter des améliorations au transport de marchandises, c’est un secteur qui est vraiment essentiel. »