L’entrepreneuriat est loin d’être un long fleuve tranquille, mais certaines entreprises semblent se maintenir assez naturellement du côté du succès. Or, la COVID-19 a tout bousculé depuis deux ans. Malgré tout, 37 entreprises sont maintenant dans le Club Platine de la liste des Sociétés les mieux gérées de Deloitte, ce qui signifie qu’elles y sont depuis au moins sept ans. Survol de ce succès durable.

Publié le 11 mai
Martine Letarte
Martine Letarte Collaboration spéciale

Tenaquip, distributeur de produits industriels et de santé et sécurité au travail, fait partie du palmarès de Deloitte depuis 17 ans. Même si l’entreprise fondée en 1968 a vu neiger, la pandémie a vraiment amené beaucoup d’incertitude.

« Au début, nous n’étions même pas certains de pouvoir continuer à opérer, mais comme nous distribuons notamment beaucoup de masques N95 et de gants en nitrile pour les travailleurs de première ligne, nous avons eu la chance de rester ouverts », raconte Glenn Watt, chef de la direction financière de Tenaquip, qui compte 600 employés.

Bien sûr, le télétravail s’est imposé. « C’était complètement nouveau pour nous, mais nous avons travaillé avec les gens du département des ressources humaines pour trouver des outils qui allaient permettre aux directeurs et aux gérants de rester en contact avec leurs employés, explique-t-il. Nous avons demandé qu’ils fassent des réunions plus fréquemment pour s’assurer que tout le monde était correct pour ce qui est de la santé physique et mentale. »

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Glenn Watt, chef de la direction financière de Tenaquip

Je pense que les employés ont aimé que leur patron prenne souvent des nouvelles d’eux et de leur famille.

Glenn Watt, chef de la direction financière de Tenaquip

Depuis tout récemment, l’entreprise demande à ses employés de venir au bureau au moins deux jours par semaine. « C’est un minimum, mais si les gens veulent revenir cinq jours par semaine, c’est correct aussi », indique Glenn Watt, qui gère l’entreprise avec Braden Green, directeur de l’exploitation, tous les deux les beaux-fils du fondateur, Ken Reed.

Marc-Antoine Coutu, associé principal chez M Groupe Conseil, firme spécialisée en gestion globale, est d’avis que les entreprises actives dans les secteurs qui pouvaient faire de bonnes affaires pendant la COVID-19 et qui s’en sont bien sorties sont vraiment celles qui ont su adapter leur style de gestion.

Avant, on focalisait sur le comment, et maintenant, on focalise beaucoup plus sur l’atteinte des objectifs. Les entreprises qui n’ont pas su s’adapter n’ont pas réussi à mobiliser leurs employés parce que les pratiques de gestion qui étaient standards avant sont maintenant devenues de la microgestion. Chercher à savoir ce que l’employé fait à quelle heure, ce n’est plus une pratique qui fonctionne.

Marc-Antoine Coutu, associé principal chez M Groupe Conseil

Cela vient aussi avec l’ajustement de la culture de l’entreprise qui passe par des éléments concrets. « Par exemple, une entreprise qui avait une culture de rétroaction continue a dû trouver d’autres façons de faire, parce que ce n’est plus possible à distance, ajoute Marc-Antoine Coutu. Il n’y a plus de rencontres informelles. Célébrer les bons coups et se serrer les coudes dans l’adversité sont des concepts qui existent beaucoup moins à distance. Il a fallu redéfinir ses façons de faire. »

Adapter sa stratégie

Les entreprises présentes sur la liste des Sociétés les mieux gérées ont aussi su adapter rapidement leurs stratégies d’affaires, constate Brigitte Vachon, leader provinciale du programme au Canada chez Deloitte.

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Brigitte Vachon, leader provinciale du programme au Canada chez Deloitte

La planification stratégique, ce n’est plus quelque chose qu’on fait tous les cinq ans. Maintenant, tout est tellement changeant qu’il faut la faire tous les trois ans avec des révisions assez approfondies annuellement ou bisannuellement.

Brigitte Vachon, leader provinciale du programme au Canada chez Deloitte

Plusieurs de ces entreprises ont aussi réalisé des acquisitions, souvent à l’extérieur du Québec, et même à l’étranger.

« C’est certain que pour que ce soit possible, elles devaient avoir une bonne performance financière, illustre Mme Vachon. D’ailleurs, les Sociétés les mieux gérées réinvestissent une grande part de leurs profits dans l’entreprise. »

Elle souligne aussi qu’on a vu plusieurs acquisitions en vue de réaliser une intégration verticale. « C’est une façon pour les entreprises d’être présentes dans toute la chaîne d’approvisionnement, alors cela peut grandement aider lorsqu’il y a de l’incertitude. »

Chez Tenaquip, il a d’ailleurs fallu travailler très fort pour maintenir l’approvisionnement. « On fait des commandes à des fournisseurs et souvent, ils ne savent pas quand ils seront en mesure de nous les livrer, ou ils nous disent dans 4 à 6 mois, j’ai même vu 60 semaines, indique M. Watt. Nos équipes travaillent très fort pour trouver d’autres fournisseurs pour donner le service le plus rapide possible à nos clients qui ont besoin de ces produits. »

Il souligne toutefois que le fondateur de Tenaquip a mis en place il y a des années une fondation dans laquelle va une partie des profits. « Nous faisons des dons à des organismes qui aident les gens dans le besoin et nous avons donné davantage pendant la pandémie, affirme M. Watt. C’est très important pour les employés parce qu’ils savent que leurs efforts au travail ne servent pas qu’à faire plus de profits, mais aussi à aider les gens. »