Depuis toujours, les entrepreneurs sollicitent famille et amis pour financer leur projet de PME. C’est ce qu’on appelle du love money ou « capital patient ». Quelles sont les règles à suivre et quels pièges faut-il éviter avec ce type de financement ? Une spécialiste et un entrepreneur nous aident à y voir plus clair.

Publié le 15 février
Stéphane Champagne
Stéphane Champagne Collaboration spéciale

Que représente le love money pour vous ?

« C’est un mode de financement dans lequel il y a un lien affectif ou amical. Je dirais que l’étape du love money vient tout juste avant celle des anges investisseurs », soutient Geneviève Tanguay, PDG d’Anges Québec.

« Il faut faire la distinction entre le pure love money, qui vient de la famille et pour lequel les gens, bien souvent, n’ont pas d’attentes, et le smart love money, qui vient d’amis ou d’employés » et qui peut comporter des attentes, explique Samer Saab, ingénieur électrique qui a fondé l’entreprise québécoise Explorance il y a 20 ans. « Au début, reprend-il, mon frère et mon oncle m’ont donné de l’argent sans rien attendre en retour. D’ailleurs, mon oncle avait oublié qu’il avait contribué à mon entreprise. Quand je le lui ai rappelé, sa mise initiale avait été multipliée par 30 ! »

Que faut-il savoir avant de prêter de l’argent à sa fille, à son neveu, voire à son meilleur ami du secondaire qui veut se lancer en affaires ?

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

« Avec du love money, on s’engage dans quelque chose souvent d’embryonnaire où on ne peut pas faire de vérification diligente. Il faut être prêt à perdre son argent », explique Geneviève Tanguay, PDG d’Anges Québec.

« Il faut être prêt à perdre son argent », lance sans retenue Geneviève Tanguay, d’Anges Québec, un regroupement d’anges investisseurs dans les secteurs innovants. « Avec du love money, on s’engage dans quelque chose souvent d’embryonnaire où on ne peut pas faire de vérification diligente. Il faut comprendre que c’est pour du long terme. Et il faut faire une évaluation intuitive. À mon avis, mieux vaut un bon entrepreneur qu’une bonne idée. »

« C’est un pari, c’est une somme d’argent que les gens doivent être prêts à perdre », soutient également d’emblée Samer Saab, dont l’entreprise est spécialisée dans l’implantation d’outils d’écoute, de sondage et d’évaluation. « Le risque d’échec est élevé », ajoute celui qui compte plus de 1000 clients en Australie, aux États-Unis, en Inde, en Jordanie et ailleurs.

Si l’argent compte trop pour la personne qui me le prête, je vais manquer d’audace, je vais me retenir comme entrepreneur en me disant : “c’est l’argent d’une personne que j’aime”. J’ai donc préféré donner des actions de l’entreprise en échange du <em>love money </em>que j’ai reçu.

Samer Saab, PDG d’Explorance

Comment un entrepreneur doit-il gérer ce financement bien particulier ?

« Il faut avant tout clarifier les attentes, dit Geneviève Tanguay. Certains vont offrir du love money sans conditions, tandis que d’autres vont exiger des suivis. Il faut discuter de choses difficiles, un peu comme un couple doit discuter de divorce avant de se marier. Il doit y avoir des ententes signées. Ensuite, le minimum, c’est de donner un compte rendu tous les trois mois dans sa relation avec les investisseurs. Ça rassure et ça crée un lien de confiance. »

« Dès qu’on reçoit du love money, il faut se responsabiliser et penser croissance, profitabilité », explique Samer Saab. « En 18 ans, ajoute-t-il, je n’ai jamais eu besoin de financement externe. J’ai fondé mon entreprise en investissant 55 000 $ de ma poche. Au cours des deux premières années, j’ai amassé 150 000 $ de love money et ça m’a beaucoup aidé.

« Dès le début, j’ai payé un juriste pour préparer une convention entre actionnaires. Quand mes employés ont accepté d’être payés en actions, encore une fois, on a rempli de la paperasse légale. Mes premiers 20 ou 25 employés que j’ai payés avec des actions pourraient déjà prendre leur retraite, s’ils le voulaient. »