« Il faut se réinventer. » On a entendu ce leitmotiv jusqu’à plus soif depuis le début de la pandémie. Mais pour les ingénieurs, le défi de se réinventer doit être quotidien pour avoir un impact positif sur la société. Témoignage.

Publié le 25 janvier
Martine Letarte
Martine Letarte Collaboration spéciale

Et si on réalisait un projet qui donnerait l’exemple en matière de réduction de gaz à effet de serre (GES) pour les écoles qu’on construira dans l’avenir, mais aussi pour cette génération scolarisée dans ce bâtiment ? C’est ce que s’est dit l’équipe de la firme gbi experts-conseils avec l’école Curé-Paquin, à Saint-Eustache, qui a accueilli ses premiers élèves en 2019-2020. Mais il faut être deux pour danser le tango ! Heureusement, son client, le centre de services scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles, a été emballé par l’idée. Cette école est devenue la première carboneutre au Canada. Ces efforts ont été récompensés : l’automne dernier, gbi a reçu le Prix d’excellence en bâtiment et le Prix de l’ingénierie pour un Canada meilleur grâce à ce projet aux Prix canadiens du génie-conseil.

La créativité pour abaisser les coûts

Comment une école arrive-t-elle à être carboneutre ? « D’abord, il faut savoir que plusieurs bâtiments commerciaux et institutionnels fonctionnent encore aux combustibles fossiles au Québec parce qu’ils sont moins coûteux, mais notre travail est de trouver des solutions innovantes qui permettent de mitiger l’augmentation des coûts lorsqu’on passe à l’électricité », explique Maxime Boisclair, ingénieur mécanique, directeur, développement durable, chez gbi.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

L’école Curé-Paquin, à Saint-Eustache, est devenue la première carboneutre au Canada.

Par exemple, on a installé dans cette école un système géothermique, des panneaux solaires et un accumulateur thermique pour réduire l’appel de puissance en période de pointe, donc la facture d’électricité. Les fenêtres ont aussi été placées stratégiquement du côté sud pour que l’intérieur du bâtiment soit chauffé par les rayons du soleil pour compenser une partie des pertes thermiques. L’éclairage est assuré par des diodes électroluminescentes (DEL) qui consomment très peu.

Grâce à son efficacité, le bâtiment permet de réinjecter un peu d’énergie dans le réseau d’Hydro-Québec. Cela compense pour le peu de GES émis par l’hydroélectricité et les panneaux solaires.

Maxime Boisclair, ingénieur mécanique, directeur, développement durable, chez gbi

« Cette école est maintenant un modèle qu’on propose à nos clients dans le milieu scolaire, mais aussi dans les secteurs commercial et privé, se réjouit Serge Beaudoin, président de gbi. Et nous continuons d’aller plus loin. En ce moment, le grand défi est celui de créer des boucles de transfert d’énergie entre les différents bâtiments d’un quartier. C’est ce que nous ferons au Royalmount. »

Transformer les appels d’offres ?

Pour que davantage de projets innovants voient le jour dans notre monde de plus en plus complexe, il faut idéalement que cette volonté apparaisse dans les appels d’offres, d’après Bernard Bigras, président de l’Association des firmes de génie-conseil – Québec.

« Tout vient du donneur d’ouvrage », affirme-t-il.

Il est aussi d’avis qu’il faut éliminer la règle du plus bas soumissionnaire.

Faire ce qui coûte le moins cher n’apporte pas de valeur ajoutée.

Bernard Bigras, président de l’Association des firmes de génie-conseil – Québec

Il ose même rêver plus loin. « On voit de plus en plus à l’international des appels de projets plutôt que des appels d’offres qui demandent aux firmes de trouver des solutions vraiment adaptées aux besoins de l’organisation. On parle alors plus de design thinking, avec beaucoup de travail qui se fait en amont pour bien définir les besoins. C’est ça, la clé de l’innovation. »

L’Association des firmes de génie-conseil – Québec attend donc avec impatience que la ministre Sonia LeBel dépose, en février, la stratégie québécoise sur les marchés publics, qui sera accompagnée d’un projet de loi.

Prendre un virage clair vers l’innovation pourrait avoir des impacts positifs sur différents plans. « Alors qu’on est en pénurie de main-d’œuvre, plusieurs sondages nous indiquent que ce sont les défis à relever qui motivent les jeunes qui sortent des écoles à accepter un emploi, ajoute Bernard Bigras. Puis, des projets mieux conçus et plus efficaces en énergie finissent par rapporter financièrement et socialement. Tout le monde trouvera son compte si le Québec décide d’innover davantage. »