L’aérospatiale québécoise ne compte pas que de grands acteurs comme Bombardier ou Airbus. Elle compte aussi quelque 200 PME. De la relève à la rétention des employés en passant par le virage vert, celles-ci doivent faire face à de nombreux défis.

Publié le 9 déc. 2021
Emilie Laperrière
Emilie Laperrière Collaboration spéciale

Après avoir été très ébranlées par la pandémie, les affaires reprennent lentement dans l’aérospatiale. « La crise a mis l’industrie à genoux. Les avions ont été cloués au sol et ça a créé un effet domino sur toute la chaîne d’approvisionnement, mais aujourd’hui, ça va mieux », se réjouit Suzanne Benoit, PDG d’Aéro Montréal.

L’ouverture des frontières et la reprise des voyages aériens sont vues par le secteur comme une éclaircie après une (très) longue averse. « Tout le volet d’entretien des avions est très occupé. Il y a du rattrapage à faire », souligne Suzanne Benoit.

Les entreprises dans le domaine de la défense et de la sécurité s’en sont adroitement tirées. « Elles ont été et continuent d’être sollicitées. Les contrats et les demandes des gouvernements n’ont pas cessé. »

Les PME plus touchées

La pénurie de main-d’œuvre n’épargne pas l’aérospatiale. « On vit une rareté », constate la cheffe d’Aéro Montréal.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Suzanne Benoit, PDG d’Aéro Montréal

Comme la crise a duré presque deux ans, les employés qui quittaient le secteur aéronautique après une mise à pied se sont tournés vers des secteurs en effervescence. On a perdu beaucoup d’employés au profit du secteur manufacturier en général.

Suzanne Benoit, PDG d’Aéro Montréal

En plus d’un recrutement difficile, Suzanne Benoit estime que les PME souffrent également d’un problème de rétention de la main-d’œuvre, puisque les grandes entreprises peuvent offrir de meilleures conditions de travail.

Certaines d’entre elles font preuve d’ingéniosité pour pallier ce problème. « Groupe Meloche recrute des employés à l’étranger, notamment en Tunisie et au Maroc, les héberge et les accompagne ici. C’est un modèle intéressant », illustre-t-elle. L’industrie devra en outre trouver le moyen d’attirer plus de femmes.

Manque de relève

La relève est loin d’être assurée dans l’industrie. « Les jeunes ne s’inscrivent plus à l’École des métiers de l’aérospatiale. L’usine-école de Montréal fonctionne à moins de 50 % de sa capacité. Même chose à l’École nationale d’aérotechnique », se désole Suzanne Benoit.

Lisez notre article « Une crise qui secoue la relève en aérospatiale »

Toutes les formations, qu’elles soient liées à l’avionique, à la construction ou à l’entretien d’aéronefs, ne réussissent pas à attirer assez d’élèves. « C’est peut-être dû au fait qu’on a été tellement malmenés pendant la crise. Ça envoie des messages négatifs. » Aéro Montréal devrait lancer en 2022 une grande campagne pour faire miroiter les possibilités de carrière dans l’industrie.

Un virage vert à prendre

La pandémie aura permis aux équipes d’innovation des grandes entreprises de peaufiner leur stratégie en vue d’une véritable transformation verte du secteur. « Toute la chaîne d’approvisionnement devra montrer patte blanche, et les PME ont un énorme travail à faire pour s’adapter aux nouvelles normes », admet Suzanne Benoit, qui souligne que le Québec a néanmoins tous les atouts pour réussir.

Abipa s’en tire exceptionnellement bien

Abipa International a tiré son épingle du jeu malgré la crise. Après le premier trimestre de 2022, son chiffre d’affaires et ses activités devraient être de retour au niveau de 2019. « On était en pleine croissance à ce moment-là, rappelle le président et chef de la direction, Jean Blondin. La pandémie nous a forcés à nous ajuster, mais on a gagné de nouveaux contrats. »

PHOTO FOURNIE PAR ABIPA INTERNATIONAL

Grâce à la robotisation et à l’automatisation, Abipa est épargné par la pénurie de main-d’œuvre qui touche le secteur.

Le fournisseur a fait bénéficier ses employés des programmes gouvernementaux qui ont soutenu l’industrie pendant la pandémie. Il a ainsi réussi à garder l’ensemble de son personnel. La PME de Boisbriand compte 400 employés, dont 140 au Québec, depuis sa fusion récente avec la française Groupe ARM.

Son usine à la fine pointe de la technologie lui évite d’avoir de la difficulté à recruter. « On a déployé des solutions automatiques et robotisées, ce qui fait qu’on peut accélérer la cadence sans avoir besoin de beaucoup plus de main-d’œuvre », explique Jean Blondin.

Dans les prochains mois, le patron consacrera son énergie à intégrer au sein du groupe les cinq nouvelles usines situées en France et au Maroc. « On va apprendre à se connaître, on va développer notre stratégie et on ira chercher de nouveaux marchés. »