Patates Dolbec n’est pas qu’un simple producteur de pommes de terre. Cette PME de Saint-Ubalde a fondé une distillerie où elle produit de A à Z de la vodka et du gin avec ses propres ingrédients. Elle a aussi codéveloppé un algorithme permettant de trier et de classer ses tubercules sans intervention humaine. Et elle entreprend un plan stratégique afin de réduire ses émissions de GES, tout en s’adaptant aux changements climatiques. Portrait d’une entreprise familiale carburant aux défis.

Stéphane Champagne
Stéphane Champagne Collaboration spéciale

Sur ses 10 000 acres de champs, disséminés dans un rayon de 60 km entre Trois-Rivières et Québec, Patates Dolbec produit et emballe annuellement plus de 40 millions de kilogrammes de pommes de terre de toutes sortes (jaune, rouge, blanche, russet, grelot, etc.). Ses produits trouvent preneur au Québec (80 % de sa production), dans le reste du Canada (15 %) et aux États-Unis (5 %).

L’entreprise de 150 employés, fondée en 1967 par le couple formé d’Herman Dolbec et de Francine Sauvageau, et aujourd’hui dirigée par leur fils Stéphan, multiplie les initiatives.

Grâce à des investissements d’une vingtaine de millions dans la modernisation de son usine d’emballage et de son entrepôt, la PME peut livrer des pommes de terre fraîches toute l’année dans les grandes chaînes et chez les distributeurs alimentaires.

Nos investissements nous aident à mieux répondre à la demande chaque jour à longueur d’année et à remplacer des produits qui provenaient autrefois des États-Unis et des autres provinces canadiennes.

Hugo d’Astous, directeur général de Patates Dolbec

Vodka et gin

Question de mieux valoriser ses tubercules déclassés, la PME a investi 2,2 millions dans le lancement d’Ubald Distillerie, qui élabore une vodka à base de pommes de terre, mais aussi deux gins à partir des céréales (seigle, maïs, etc.) cultivées en rotation.

« On est parmi les rares au Québec à faire nos produits du grain à la bouteille, c’est-à-dire qu’on fait nos alcools à 100 % », souligne Hugo d’Astous, directeur général. Les produits de la distillerie, dont la vodka Route 363, seront bientôt offerts à la SAQ.

Intelligence artificielle

En cette période de pénurie de main-d’œuvre, la PME ne peut plus se permettre d’embaucher des travailleurs pour trier manuellement des pommes de terre. Un trieur optique était utilisé, mais n’offrait qu’une efficacité de 70 %.

En s’associant à la PME québécoise Vooban, les Patates Dolbec sont en train de roder un algorithme permettant au trieur optique d’être efficace à 95 % en se basant sur 12 critères d’inspection. « Ça permet d’éliminer les tâches routinières et d’offrir des postes plus valorisants », soutient Hugo d’Astous.

Tenue de s’adapter à la nouvelle réalité des changements climatiques, l’équipe des Patates Dolbec élabore par ailleurs un plan stratégique pour les années à venir.

« On ne fait pas une production biologique, mais raisonnée, dit M. d’Astous. On cherche à réduire nos fongicides et nos pesticides en utilisant par exemple des caméras afin d’identifier les secteurs où les insectes ravageurs sont concentrés. »

Comme producteur, on a une responsabilité de réduire notre empreinte écologique. On étudie la possibilité d’utiliser des tracteurs électriques ou même de produire notre propre énergie.

Hugo d’Astous, directeur général de Patates Dolbec

Et parce que les étés sont plus chauds, plus secs et moins pluvieux, la PME a entrepris un investissement de 10 millions sur cinq ans afin d’irriguer ses champs. « On n’a pas le choix, si on ne veut pas voir nos récoltes diminuer de moitié, explique le DG de Patates Dolbec. Ça fait trois étés de suite qu’il n’y a pas de pluie au mois d’août. »

Les Patates Dolbec sont cités au 31e Gala des Prix Innovation de l’Association pour le développement de la recherche et de l’innovation du Québec (ADRIQ), qui aura lieu le 25 novembre 2021.