Le Canada s’est classé au 21rang sur 60 dans l’indice d’innovation 2021 publié par Bloomberg. Si des experts conviennent qu’on peut faire mieux, les ingrédients pour y arriver sont multiples et l’argent est loin d’être le seul élément à prendre en compte. Avis d’experts et entrepreneurs.

Julie Roy Collaboration spéciale

Innover, oui, mais dans quel but ?

Pour Pascal Monette, PDG de l’Association pour le développement de la recherche et de l’innovation du Québec (ADRIQ), l’innovation n’est pas une sorte d’incantation et il faut faire la différence entre innovation et invention. « Une invention va sûrement finir dans un musée et une innovation s’installer dans un marché, mais encore faut-il que l’idée soit rentable et qu’elle réponde à un besoin. » C’est exactement ce qu’a fait Adrian Schauer, président-directeur général d’AlayaCare, fournisseur d’outils technologiques pour les soins à domicile : « On a cherché ce que les gens voulaient comme logiciels. On a écouté nos clients. » Écouter ne signifie pas répondre aux besoins de tous, mais se concentrer sur les demandes de la majorité. « Il faut apprendre à dire non à certaines choses et oui à d’autres. Ce n’est pas une science parfaite, mais il faut garder l’accent sur la valeur ajoutée de notre produit, et ce, avec un mélange de vision à long terme », affirme Guillaume Bazinet, chef de la direction chez FX Innovation.

S’entourer pour mieux innover

Les bonnes idées viennent majoritairement de l’intérieur même d’une entreprise, d’une discussion avec des fournisseurs et de clients, selon M. Monette, mais encore faut-il avoir un espace qui permet de les exprimer. « L’innovation, c’est large, et ce n’est pas seulement de nouveaux produits. Cela peut être dans le processus. Souvent, elle tire son origine de problèmes ou de choses qui nous fatiguent. Alors, il ne faut pas avoir peur d’échanger librement et d’écouter », estime le spécialiste de l’ADRIQ. Pour la réalisation, il faut accepter un certain accompagnement et faire confiance à des gens à l’extérieur de son entreprise. « Il existe tout un écosystème qui a été mis en place pour aider les entreprises au sujet de la propriété intellectuelle, des brevets, etc. C’est difficile d’innover sans collaboration. Les spécialistes comme les avocats ne sont pas là pour vous voler, mais pour vous aider », explique Pascal Monette.

Vers un enseignement coopératif

L’innovation nécessite parfois l’embauche de nouveaux talents. Depuis l’avènement de la pandémie et du télétravail, Guillaume Bazinet constate que la concurrence pour attirer des développeurs est plus féroce que jamais. Des entreprises de partout dans le monde viennent recruter les talents de chez nous. La solution ? Faire de même. « Pour mener à bien mes innovations et développer de nouveaux produits, j’ai besoin de plus de créateurs. Je n’hésite plus à embaucher des gens qui sont à l’étranger, autant au Brésil qu’au Sénégal, etc. Pour les convaincre, je m’appuie sur les éléments positifs de la culture québécoise que sont la gentillesse, l’égalité et les bonnes conditions de travail », soutient l’homme d’affaires. De son côté, le Conseil canadien des innovateurs (CCI) estime qu’il faut miser davantage sur l’enseignement coopératif dans les programmes des établissements d’enseignement supérieur. « Nous recommandons que tous les étudiants inscrits dans des programmes de génie et ceux liés aux TIC suivent un stage en entreprise pour obtenir leur diplôme afin de faire un lien avec les besoins du marché des TIC », soutient Pierre-Philippe Lortie, du CCI.

Se lancer dans le vide

On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs quand vient le temps de mettre sur le marché une innovation. « L’idée en soi ne représente que 5 % de la démarche d’innovation. Dans cette ère de numérisation, il faut bouger rapidement, se lancer, tester et déployer. Il ne faut pas attendre que tout soit parfait, il faut foncer, ce qui signifie avoir une tolérance au risque et aux échecs », estime Pascal Monette.