Le Québec a du retard, mais la volonté est là

Yvon Laprade
Yvon Laprade Collaboration spéciale

Bien que le Québec accuse « un certain retard » dans le processus de transformation numérique, tout indique que les chefs d’entreprise sont prêts à se faire accompagner – et à investir les sommes nécessaires – pour réussir cet important virage.

« La pandémie a fait en sorte que l’intérêt [des dirigeants] a quelque peu diminué », expose Pascal Monette, PDG de l’Association pour le développement de la recherche et de l’innovation du Québec (ADRIQ). « On sent maintenant que ça reprend. Le train est en marche. »

Il s’appuie sur les résultats d’un sondage réalisé en février 2021 auprès de dirigeants de PME qui estiment « important » de consacrer des énergies et des ressources pour adapter leurs méthodes de production en fonction des nouvelles technologies.

« Mais il y a encore des efforts [de sensibilisation] à faire, soulève-t-il. Un peu plus du quart des entreprises sondées considèrent que ce n’est pas un dossier urgent à régler. »

Des robots et des emplois

Quoi qu’il en soit, le PDG de l’association demeure convaincu que la relance post-pandémie passera par la mise en place de ces nouvelles technologies faisant appel à l’intelligence artificielle.

Cela se traduira par des investissements colossaux dans l’installation de systèmes robotisés et de traitement de données, estime-t-il.

« Il faudra mettre les employés dans le coup, prendre le temps de leur expliquer et de bien les informer, pour dissiper leurs craintes face à ces changements dans les usines, insiste-t-il. Autrement, les employés peuvent avoir l’impression que le robot va prendre leur place. »

Si tu introduis des robots, il faut que les processus soient clairs. L’aspect communication est un élément très important dans cette démarche de changements.

Pascal Monette, ADRIQ

Faire les bons choix

Un fait demeure cependant : nombreux sont les chefs d’entreprise qui continuent d’entretenir des « craintes technologiques ».

« On l’entend dans les conversations, soulève Pascal Monette. On nous rapporte des cas de dirigeants qui ont été échaudés à la suite de mauvaises expériences ; ils se sont fait vendre une bébelle d’une couple de milliers de dollars, et même de quelques millions, qui ne répondait pas à leurs besoins. »

D’où l’importance, insiste-t-il, de « bien accompagner » ces décideurs dans leurs démarches. « Ce n’est pas sans raison que nos conseillers se font demander : “Par où je commence pour réussir ma transformation numérique ?” On leur fait valoir que ça prend une planification stratégique sur un horizon de cinq ans avant de s’engager dans cette voie. »

C’est dans ce contexte d’accompagnement qu’Inno-Centre et le Conseil du patronat du Québec (CPQ) se sont alliés, en juillet dernier, pour « soutenir » les PME innovantes dans leurs projets de transformation numérique. L’aide apportée prend la forme de rencontres virtuelles et de formations pointues auxquelles participent des groupes de décideurs.

Selon le CPQ, 80 % des projets d’investissement numérique sont voués à l’échec si les entreprises ne sont pas accompagnées.

Pendant ce temps, en Beauce…

Chose certaine, fait valoir de son côté Ghislain Quirion, directeur des technologies de l’information chez Boa-Franc, important fabricant et exportateur de planchers de bois franc de Saint-Georges de Beauce, les solutions technologiques bien adaptées sont un gage de succès.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE BOA-FRANC

La PME familiale Boa-Franc fondée il y a 38 ans emploie 400 personnes dans ses 2 usines.

« Au sein de notre entreprise, ça fait des années qu’on accélère le processus [de transformation], souligne-t-il. On investit des sommes substantielles, on automatise énormément nos opérations de fabrication, on achète des équipements robotisés pour nous permettre d’avoir une production en continu pour pallier les problèmes de disponibilité de main-d’œuvre. »

Le directeur ne manque pas de rappeler que la PME familiale fondée il y a 38 ans – et qui emploie 400 personnes dans ses 2 usines – mise sur l’intelligence artificielle et les algorithmes pour « maximiser l’utilisation des robots » et faciliter « l’interconnexion des machines ».

Mais au-delà de tout, si on veut améliorer nos méthodes de production ainsi que nos processus de façon à prendre une longueur d’avance sur la compétition, il faut faire preuve d’ouverture et démontrer la volonté d’apprendre.

Ghislain Quirion, directeur des technologies de l’information chez Boa-Franc

Cette « ouverture » doit également venir des « opérateurs de plancher », qui sont les premiers concernés par ces nouvelles façons de faire.

« C’est un travail d’équipe, nos gens sont conscientisés, et ça nous réussit. Parce que l’objectif ultime, c’est la satisfaction du client, une bonne croissance, et ça passe par une qualité irréprochable de nos produits », conclut-il.