Les bonnes nouvelles s’accumulent pour Ramo. Spécialisée dans la culture et la transformation de saules, l’entreprise de Saint-Roch-de-L’Achigan vient d’annoncer un investissement de 6,8 millions de dollars. Une somme qui servira à agrandir sa pépinière et fera passer la production de 5 à 30 millions de boutures de saules dès 2022. « On s’outille pour répondre à l’engagement du gouvernement fédéral de planter 2 milliards d’arbres d’ici 2030 », explique le copropriétaire de Ramo Francis Allard.

Julie Roy Collaboration spéciale

Mission : réparer et restaurer la nature

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

À l’avant, une plantation de saules de moins de 1 an, et à l’arrière, des plants âgés de 4 ans.

Pourquoi miser sur le saule ? Parce que ses avantages sont indéniables et ses applications multiples. « Ce type d’arbre atteint sa maturité après trois ou quatre ans. Une fois coupé, il repousse de lui-même et son seul défaut est d’être gourmand en eau. » Un défaut que l’entreprise a tourné à son avantage en développant la phytotechnologie qui sert à filtrer les eaux usées. Une technique particulièrement utile en présence du lixiviat, soit le liquide résultant de la décomposition des déchets. « On va planter des saules dans le but de restaurer des terrains dégradés. Le saule adore l’eau et les nutriments qu’elle contient et c’est exactement ce que l’on retrouve dans des terrains d’enfouissement. Une fois l’eau absorbée et nettoyée par le saule, elle est rejetée dans l’air par évapotranspiration. En ce moment, c’est la seule technologie qui permet de réduire les volumes d’eau dans ces lieux », explique l’entrepreneur. Pour sa première année de commercialisation, Ramo a quatre projets en cours avec Waste Management et deux sont en fonction. Uniquement à son site de Sainte-Sophie, 160 000 saules ont été plantés.

Une seconde vie

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Depuis cinq ans, le nombre d’employés de Ramo est passé de 15 à 50. D’ici les cinq prochaines années, les fondateurs Francis Allard et Olivier Payette (ci-dessus) espèrent faire grimper ce chiffre à près de 200.

La vie des saules ne s’arrête pas après leur coupe, bien au contraire. Ramo exploite ces résidus d’une multitude de façons. Les copeaux sont transformés en un paillis appelé BRF, particulièrement prisé des horticulteurs. Ce produit est aussi utilisé pour améliorer la santé organique de certaines terres agricoles.

  • Les saules peuvent servir d’écrans le long des autoroutes, par exemple.

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    Les saules peuvent servir d’écrans le long des autoroutes, par exemple.

  • Les saules peuvent servir d’écrans le long des autoroutes, par exemple.

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    Les saules peuvent servir d’écrans le long des autoroutes, par exemple.

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À même son usine, Ramo fabrique des clôtures et écrans verts qui s’intègrent aux différents paysages et environnements et qui servent aussi de murs antibruit. « C’est après une mission en Europe en 2009 que nous avons eu l’idée d’importer ce concept ici. En 2010, Olivier Payette, mon associé, s’est joint à moi et nous avons démarré la production d’écrans verts. L’objectif était d’aider les villes, les industries qui avaient une problématique de bruit et de pollution visuelle », raconte Francis Allard. Même si cette gamme de produits constitue toujours une part importante des activités de l’entreprise, l’homme d’affaires aimerait que l’aspect développement durable soit davantage pris en compte lorsque vient le temps de penser à la mise en place de ce type de projet. « Nos arbres capturent du carbone, restaurent des sites, réduisent les gaz à effet de serre et permettent la fabrication d’écoproduits. Ce sont de véritables puits de carbone, mais ce bilan n’est pas toujours suffisant. On se bat encore avec le principe du plus bas soumissionnaire conforme. »

Prêt pour la relance verte

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Vue aérienne de l’un des champs de saules de l’entreprise

Le prochain défi de Ramo n’est étonnamment pas le recrutement. « On embauche une panoplie de professionnels parce que même si cela paraît simple de cultiver des saules, notre entreprise est hautement technologique. Oui, parfois on a des difficultés, mais on reçoit des candidatures spontanées et souvent, nos stagiaires veulent obtenir des postes chez nous. Je crois qu’au-delà du fait que le travail soit passionnant, il donne aux gens l’impression de faire quelque chose d’utile pour la société. »

L’appel de Ramo se fait plutôt à l’endroit des propriétaires terriens, des gestionnaires de mines, de sablières, de carrières, de terrains d’enfouissement et de terres agricoles en friche ou marginales. « On ne veut pas changer la feuille d’érable sur notre drapeau et planter des saules partout. On veut trouver des lieux qui ont besoin d’être restaurés afin de réparer et d’embellir notre nature », affirme le visionnaire qui ne manque d’ailleurs pas de projets et qui souhaite s’attaquer prochainement à l’érosion côtière et la mise en place de bandes riveraines.