Intégrer son entreprise à un incubateur, c’est bien. L’intégrer au bon moment, c’est encore mieux. Afin d’aider les jeunes pousses à bien planifier leur incubation, deux experts présentent leurs conseils.

Samuel Larochelle
Samuel Larochelle Collaboration spéciale

Ne pas s’isoler

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Richard Chénier, directeur général du Centech, spécialisé dans les jeunes pousses technos

Si un entrepreneur n’a pas réfléchi à son modèle d’affaires ni à l’état du marché, il est encore trop tôt pour cogner à la porte d’un incubateur. Mais quand il possède une lecture claire de la situation, il ne doit pas tarder. « Souvent, les entrepreneurs attendent trop avant de s’entourer, dit Richard Chénier, directeur général du Centech, spécialisé dans les jeunes pousses technos. Ils se concentrent sur leur prototype et travaillent en vase clos, mais quand ils sont confrontés à la réalité, ils réalisent parfois que ce n’est pas ce que le marché veut et qu’ils ont travaillé pour rien. »

Être prêt à s’investir

Si vous n’êtes pas disposé à progresser, laissez les ressources des incubateurs à d’autres. « Quand on présente nos entrepreneurs aux acteurs de nos écosystèmes, on voit très vite ceux qui ne savent pas attraper la balle au bond, affirme Martin Lessard, directeur général du Mt Lab, incubateur d'innovations en tourisme, culture et divertissement. Après une, deux, trois occasions manquées, on les retire. Ils doivent être prêts à écouter, à cheminer et parfois à changer de perspectives pour être en adéquation avec leurs clients potentiels. » En entrepreneuriat, le succès vient avec le temps, dans tous les sens du terme. « Ce n’est pas un hobby, lancer une entreprise, renchérit Richard Chénier. Il faut s’investir à temps plein dans son projet et être prêt à faire les sacrifices nécessaires. »

Trouver le bon incubateur

Il est fortement conseillé d’aller vers un incubateur dans sa spécialité, afin de profiter pleinement de son réseau. Certains incubateurs sont gratuits, d’autres exigent des frais ou un minimum d’équité d’entrée de jeu. Sachez également que chaque incubateur se concentre sur une des étapes dans l’évolution des PME : idéation, prototype, adéquation au marché. « Les fruits attirent les abeilles, illustre M. Lessard. Pour choisir un incubateur, on doit regarder son programme, ses spécialistes et ses jeunes pousses. Si tout cela correspond à l’étape où on est rendu, c’est un bon indicateur. » Il est également pertinent d’analyser le rendement des entreprises incubées. « Il faut regarder le nombre de compagnies issues d’un incubateur qui ont réussi, suggère M. Chénier. Même si une organisation soutient 500 jeunes pousses, ça ne veut pas dire qu’elle a créé 500 entreprises viables. »

Préparer sa candidature

Il faut d’abord circonscrire le problème que son entreprise tente de résoudre, son ampleur et les consommateurs potentiels. Puis, vulgariser la solution et la comparer avec celles des compétiteurs. Enfin, présenter les talents de l’équipe. « La meilleure présentation est composée d’un maximum de dix diapositives qui répondent aux questions principales, sans trop de détails, affirme Richard Chénier. Comme on a peu de temps pour évaluer des centaines de projets, il faut comprendre rapidement et sentir notre intérêt stimulé. »

Être honnête

Surtout, ne pas inventer de réponses aux questions. « Les entrepreneurs doivent répondre au meilleur de leur connaissance avec les informations les plus proches de leur réalité, dit Martin Lessard. Si tu joues à la grenouille qui se fait passer pour un bœuf, ça ne fonctionnera pas. Il faut être réaliste. »