Pour naviguer dans la décroissance presque inévitable du marché traditionnel des stations-service, Harnois Énergies mise une partie de ses jetons sur l’hydrogène comme carburant du futur.

Antoine Trussart
Antoine Trussart Collaboration spéciale

« Si l’hydrogène prend son essor pour une partie de la flotte de transport, l’idée, c’est d’être présent dès aujourd’hui et avoir un pas d’avance quand la technologie va devenir populaire », explique Serge Harnois, PDG d’Harnois Énergies.

En partenariat avec Toyota, HTEC, une entreprise de Vancouver, et les trois ordres de gouvernement, Harnois Énergies a construit la première station de recharge à l’hydrogène accessible au public au Québec.

Située sur le boulevard Wilfrid-Hamel à Québec, elle a ouvert ses portes en 2019. Elle est alimentée sur place en carburant par une petite usine d’électrolyse de l’eau.

Comme l’usine est alimentée par de l’hydroélectricité, une source d’énergie renouvelable, l’hydrogène qui y est produit est considéré comme vert, par opposition à l’hydrogène gris qui est obtenu grâce à de l’électricité produite par des combustibles fossiles. Ce dernier représente encore la grande majorité de l’hydrogène produit mondialement.

Pour le moment, la station est peu utilisée, car elle n’alimente qu’une cinquantaine de véhicules appartenant au gouvernement provincial et à la Ville de Québec.

« C’est de la recherche et développement. C’est pour aller chercher une expertise au niveau de l’hydrogène », commente M. Harnois.

Son entreprise a également remporté deux appels d’offres gouvernementaux pour construire de nouvelles stations de recharge dans l’ouest de l’île de Montréal et à Québec. Si tout se passe comme prévu, leur construction devrait débuter à la fin de 2021.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Serge Harnois, PDG d’Harnois Énergies

De l’énergie, il va toujours s’en consommer, mais sous quelle forme, ça serait bien de le savoir. Personne n’est un devin. L’idée, c’est d’être présent dans d’autres sources d’énergie sans mettre l’entreprise en péril. Des fois, c’est aussi dangereux d’être trop en avance que d’être en retard dans ces transformations-là.

Serge Harnois, PDG d’Harnois Énergies

Serge Harnois prépare ainsi son entreprise à la consolidation et à la décroissance qu’il prévoit dans le marché des stations-service traditionnelles dans les prochaines années, notamment en raison de la popularité des voitures électriques.

« En 2035, il va encore y avoir des stations-service, mais il va peut-être y en avoir moins », dit-il.

Plusieurs experts estiment que l’avenir de l’hydrogène comme carburant se situe peut-être davantage dans les véhicules lourds comme les camions, les locomotives et les bateaux que dans les automobiles individuelles.

« En transport lourd, les batteries fonctionnent moins bien parce qu’on doit avoir un grand volume de batteries qui sont très lourdes. Avec l’hydrogène, le réservoir augmente de peu le poids du véhicule », explique Gabriel Antonius, professeur de physique à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

« Si tu veux faire Montréal-Windsor avec un camion, ça prend de grosses batteries. Si tu veux mettre 20 000 lb de batteries dans un camion, c’est 20 000 lb de moins de stock à transporter », illustre Serge Harnois.

M. Harnois ne prévoit pas que l’hydrogène devienne une partie intégrante de son modèle d’affaires avant au moins cinq ans, mais il prépare son entreprise à un monde où les carburants fossiles ne seront plus la seule option pour le transport.