Une logistique complexe devant un manque d’information. Voilà ce à quoi faisait face il y a à peine cinq ans l’écosystème de l’industrie du transport maritime. Mais on s’est alors mis à la tâche, et des réalisations comme le système CargO2ai suggèrent déjà que l’utilisation d’applications d’intelligence artificielle sera un facteur déterminant de l’efficacité et de la rapidité d’exécution du transport maritime.

Jean Gagnon Collaboration spéciale

En 2016, Innovation maritime (IMAR), un centre de recherche appliquée affilié à l’Institut maritime du Québec, composante du cégep de Rimouski, et la Société de développement économique du Saint-Laurent (SODES) ont uni leurs efforts afin de mettre sur pied le Système d’information maritime (SIM), dont la mission était de doter le Québec et son industrie maritime d’une banque de données. On préparait déjà le terrain à l’utilisation d’outils d’intelligence artificielle.

En plus de suivre le développement du secteur, le SIM allait permettre de favoriser le déploiement d’un commerce intelligent, explique Mathieu St-Pierre, président-directeur général de la SODES. « Le SIM sera primordial puisqu’il mettra à la disposition des décideurs une banque de données permettant en temps réel de suivre le trafic maritime, les marchandises transportées et transbordées, ainsi que les données sur les autres acteurs de la chaîne logistique », dit-il.

Grâce aux données

« Le transport maritime n’est plus un parent pauvre sur le plan de la cueillette des données », explique Mathieu Charbonneau, directeur général de CargoM, la grappe qui rassemble tous les acteurs de la logistique et du transport de marchandises du Grand Montréal.

Imaginez combien de gens manipulent de près ou de loin un conteneur du début de son chargement jusqu’à son déchargement à destination, et vous comprendrez que l’intelligence artificielle a beaucoup de sens pour nous.

Mathieu Charbonneau, directeur général de CargoM

Pour l’instant, on ne fait que gratter la surface, mais étant donné que la recherche en intelligence artificielle est reconnue comme une force à Montréal et au Québec, on peut s’attendre à beaucoup de développement, selon lui.

Élément catalyseur

La pandémie de COVID-19, tel un élément catalyseur, a accéléré les choses. Afin d’acheminer rapidement les médicaments, le matériel médical et les produits alimentaires, et d’éviter les problèmes d’approvisionnement, on a créé le système CargO2ai, un outil logistique à vocation humanitaire. Ce système a été conçu au printemps dernier dans le cadre d’un partenariat impliquant entre autres le Port de Montréal, CargoM, Scale AI (la supergrappe canadienne de l’intelligence artificielle) et Ivado Labs, un spécialiste en développement de solutions d’intelligence artificielle. Il s’agit d’une initiative à but non lucratif à laquelle tous les intervenants peuvent se joindre gratuitement.

Deux jours avant l’arrivée du cargo au port de Montréal, l’algorithme créé par Ivado Labs rendra disponible toute l’information identifiant les conteneurs transportant le matériel médical, à l’usage des terminaux et des ports, du camionnage et du transport sur rail, qui prendront en charge les contenus, assurant ainsi la rapidité de la chaîne logistique

Le système CargO2ai visait les conteneurs transportant le matériel sanitaire, mais on ne s’arrêtera pas là, assure Mathieu Charbonneau. « On regarde déjà le secteur agroalimentaire, où les produits sont très sensibles à la manipulation tout au long de la chaîne d’approvisionnement », dit-il.