Produire une énergie « verte » en recyclant les émanations de C02 provenant des cheminées des grands émetteurs industriels : l’idée fait du chemin au Québec, à tel point qu’une première usine entrera en production en juillet prochain à Montréal-Est, dans le secteur des raffineries.

Yvon Laprade
Yvon Laprade Collaboration spéciale

« On pense que c’est l’avenir, le carburant synthétique, affirme Jean Paquin, PDG de SAF+ Consortium. C’est la voie à emprunter, dans le secteur de l’aviation, si on veut réduire les émissions de gaz à effet de serre de façon substantielle. »

Il précise sa pensée : « Le carburant synthétique laisse une empreinte carbone jusqu’à 80 % inférieure à celle du carburant traditionnel, le jet fuel de type A. Ce n’est pas rien. »

Un immense potentiel

L’ingénieur de 54 ans ne cache pas son enthousiasme face à ce projet innovant, en droite ligne avec les objectifs que se sont fixés les partenaires de l’entreprise qui misent sur cette technologie « améliorée » pour faire une percée dans la production d’une énergie non polluante.

Il souligne au passage que le consortium est soutenu par des acteurs importants : Air Transat, Aéroports de Montréal et Hydro-Québec, la société d’État ayant décidé d’agir à titre d’observatrice au sein du comité de développement.

« Nous avons une mission commerciale et nous l’assumons, dit-il. Notre intention est de produire du carburant propre en quantités industrielles pour nos clients, avec trois ou quatre usines. »

Production anticipée (en litres) par usine

2025 : 3 millions

2030 : 30 millions

Source : SAF+ Consortium

Nouvelles approches

Il est déjà prévu qu’Air Transat, « partenaire d’affaires » du consortium, achète du carburant synthétique de la nouvelle usine afin de réduire sa consommation de kérosène dans ses appareils.

« Nous avons signé un contrat avec eux [en mars 2020], tout juste avant la pandémie [qui a cloué les avions au sol] », signale Jean Paquin.

D’ailleurs, il ne manque pas de rappeler que la crise sanitaire a amené un important questionnement au sein des grands acteurs de l’industrie.

La pandémie a permis de prendre un pas de recul, pour ainsi dire ‟fermer les moteurs”, pour mieux réfléchir à la suite des choses. C’est un fait que le secteur de l’aviation devra ‟décarboniser” son secteur, y aller de nouvelles approches, préconiser de nouvelles stratégies.

Jean Paquin, PDG de SAF+ Consortium

Miser sur l’Est

À Montréal-Est, la nouvelle usine captera les émissions polluantes de ParaChem, qui émet plus de 100 000 tonnes d’équivalent CO2 par année.

« Nous misons sur l’est de Montréal pour mener à terme nos projets, souligne-t-il. C’est là que se trouvent les infrastructures [lire : les industries émettrices de CO2 en très grande quantité] dont on a besoin pour nos opérations, tant sur le plan énergétique que pour l’accès aux matières premières. »

Chose certaine, le président de SAF+ Consortium ne manque pas d’ambition. Et il ne voit pas « pourquoi on ne ferait pas du Québec un pionnier dans le carburant durable ».

« On nous regarde d’un bon œil au gouvernement et il y a toute une économie qui se développe autour de cela », fait-il valoir.

Une bonne nouvelle pour la petite équipe de sept employés, parmi lesquels des ingénieurs qui ont fait carrière dans le secteur de l’aviation et de l’énergie éolienne.

« On est au bon endroit, résume Jean Paquin, ingénieur hydraulique. L’énergie renouvelable, c’est notre terrain de jeu, on a l’expertise climatique, on comprend l’enjeu des marchés du carbone, les crédits. »