Emprunter ou ne pas emprunter pour cotiser à son REER ? Voilà une question qui se pose avec pertinence en cette période d’incertitude économique où bon nombre d’épargnants hésitent à contracter un prêt pour « enrichir » leur régime d’épargne-retraite. Constat.

Publié le 31 janv. 2021
Yvon Laprade
Yvon Laprade Collaboration spéciale

« Si vous me demandez si c’est une bonne chose, [tout particulièrement] dans les circonstances actuelles, je vous répondrai par un oui et par un non », dit, d’entrée de jeu, le planificateur financier Sylvain de Champlain.

Selon le président de De Champlain Groupe financier, l’emprunt en vue de gonfler son REER « n’est pas une nécessité et doit d’abord et avant tout faire partie d’une stratégie globale ». D’où l’importance, insiste-t-il, de faire ses devoirs avant d’emprunter cette voie.

« On ne cotise pas à son REER à tout prix, fait valoir M. de Champlain. Si vos revenus d’emplois ont chuté de moitié en 2020 à cause de la COVID-19, ce n’est pas le moment d’emprunter. Dans ce cas, il vaut mieux attendre que les choses se replacent. »

Par contre, le planificateur voit des avantages à emprunter quelques milliers de dollars pour doubler ses cotisations. « Mais à la condition, précise-t-il, d’utiliser le remboursement d’impôt, au printemps, pour rembourser l’emprunt. »

Cette façon de faire peut également s’avérer profitable pour les travailleurs à la veille de la retraite. « Si vos revenus d’emploi n’ont pas été trop hypothéqués en raison de la crise sanitaire, relève-t-il, vous pourriez emprunter des sommes supplémentaires pour cotiser davantage à votre REER. »

Il fait valoir que nombre d’épargnants près de la retraite disposent de sommes inutilisées « pouvant atteindre 40 000 $ » dans leur régime d’épargne-retraite.

J’ai des clients qui font des salaires de 100 000 $ par année et qui empruntent pour maximiser leurs cotisations. Ils ne font pas cela parce qu’ils n’ont pas les moyens financiers pour y arriver. Ils ont une stratégie.

Sylvain de Champlain, président de De Champlain Groupe financier

Plus facile de cotiser

Pour sa part, Brigitte Sauvageau, 28 ans, se dit moins à l’aise avec le principe d’emprunter pour hausser ses cotisations de REER. « C’est peut-être une stratégie qui peut s’avérer profitable [pour certains], concède-t-elle. Mais en ce qui me concerne, je n’aime pas avoir de dettes ! »

En d’autres termes, l’ergothérapeute s’assure « de mettre de l’argent de côté » en prévision de ses cotisations à son régime d’épargne-retraite. À ce propos, la professionnelle de la santé se considère comme « chanceuse » de ne pas avoir été touchée par une baisse de ses revenus d’emploi, malgré la pandémie.

« Même que mes dépenses ont diminué au cours de la dernière année, évalue-t-elle sommairement. Il n’y a pas eu de voyages, moins de restos, moins d’activités sportives. J’ai [ainsi] pu continuer de faire mes versements pour mon REER sans que cela ait un impact sur mes finances personnelles. »

La capacité de rembourser

Avant d’emprunter pour son REER, il faut s’assurer d’avoir « la capacité de rembourser son prêt », insiste Guylaine Houle, spécialiste en dossiers d’insolvabilité.

Cela est d’autant plus important pour les épargnants dont la santé des finances personnelles est déjà précaire.

« Si une personne fait faillite après avoir emprunté à la banque, disons 10 000 $, pour son REER, [elle doit savoir que] toutes les contributions effectuées [au cours des 12 mois précédant la date de la faillite] à son régime d’épargne-retraite seront saisissables, en vertu de la loi », explique la vice-présidente chez Pierre Roy & Associés.

À ses clients qui consultent après une faillite, elle suggère de « mettre de l’argent dans un REER pour réhabiliter leurs finances ».

« Mais emprunter pour ce faire ne doit pas faire partie de cette stratégie », ajoute-t-elle.