Déstabilisées par l’actuelle crise sanitaire, certaines entreprises de la chaîne d’approvisionnement en santé ont été mises à rude épreuve. Chez des distributeurs de matériel et d’équipement médical, par exemple, les commandes ont explosé, mais pas les revenus. Et au lieu de fermer boutique, certaines PME ont saisi la balle au bond et fait aller leurs contacts afin de pouvoir participer à l’effort collectif. Cas vécus. 

Stéphane Champagne Stéphane Champagne
Collaboration spéciale

Il y a deux mois, le distributeur Atlas Médic a vu ses activités s’effondrer du jour au lendemain. « On est passé de 100 % à des "peanuts" », explique Yvan Laflamme, président de la PME de Saint-Augustin- de-Desmaures.

Ses clients réguliers (ergothérapeutes, podiatres, entre autres) ne commandaient plus rien, étant en congé forcé. Refusant d’aller en congé forcé, M. Laflamme a multiplié les appels afin de s’approvisionner en matériel médical de première ligne.

Disposant normalement d’un catalogue d’environ 10 000 produits, il s’est retrouvé à vendre un noyau d’outils de protection (masques, combinaisons, gants, thermomètres, etc.), mais en centaines de milliers d’unités.

« On avait le choix : se rouler en boule et pleurer en attendant que ça passe ou se retrousser les manches. On a décidé d’aller au front. »

— Yvan Laflamme, président d’Atlas Médic

Détenteur d’une LEIM (licence d’établissement d’instruments médicaux), Atlas Médic aurait dû normalement vendre davantage de matériel, croit M. Laflamme. « On a vu beaucoup de gens s’improviser distributeurs, déplore-t-il. Je comprends qu’on est en mode crise, mais à la base, il aurait fallu prioriser les entreprises ayant une LEIM. »

La jungle

Novatech Medical aurait normalement de quoi se réjouir. Des moniteurs servant à mesurer les signes vitaux, des thermomètres et autres civières, elle en a vendu énormément depuis la mi-mars. Depuis, en fait, que des unités médicales ont été mises en place dans la lutte contre la COVID-19. Pourtant, les revenus de cette PME de Sainte-Julie n’ont pratiquement pas augmenté.

« Si je compte le nombre de soumissions que j’ai remplies versus celles que j’ai gagnées, la moyenne est plutôt basse. On a travaillé très, très fort, mais les revenus n’ont pas suivi », explique Simon Lagacé, vice-président, développement des affaires.

Distribuer du matériel médical en temps de crise a été (et demeure) un défi de tous les instants, raconte M. Lagacé. Ses deux plus gros irritants depuis le début de la crise : des stocks convoités par tous et des bons de commande qui tardent à être officialisés par les autorités de la santé. « La bureaucratie est soudainement devenue lourde », dit, en substance, M. Lagacé.

Or, la PME québécoise a réussi malgré tout à se maintenir à flot. Son secret : travailler en étroite collaboration avec des manufacturiers, principalement d’Allemagne. Malgré des frais de livraison en hausse et trop de colis momentanément égarés, Simon Lagacé garde le moral.

« Je ne pense pas qu’on va changer de stratégie, dit-il. On s’est ajusté dès le début. Je pouvais donner des réponses rapidement. C’est du côté des clients que ç’a été plus lent. »

Selon Valérie Bélanger, professeure adjointe au département de gestion des opérations et de la logistique à HEC Montréal, la crise actuelle ne fera qu’accélérer le cours des événements.

« Le secteur de la santé était déjà en réflexion, explique-t-elle. Je ne pense pas que la chaîne d’approvisionnement sera complètement revue, mais fort probablement adaptée. Ça va certainement accélérer la réflexion et l’implantation de nouvelles pratiques. »