Comme l’argent est le nerf de la guerre, le chef de la direction financière est particulièrement crucial dans les organisations, alors que le monde est plongé en pleine pandémie. Incursion au cœur de ce rôle chez Pharmascience, le principal fabricant de médicaments génériques au Québec, qui poursuit toujours sa production.

Martine Letarte, Collaboration spéciale Martine Letarte, Collaboration spéciale
La Presse

Avant que le gouvernement n’impose le télétravail, Pharmascience a décidé de l’adopter pour tout son personnel pour qui c’était possible. « C’était une façon de protéger nos employés de la production et de la recherche et développement », explique Sonia Girolamo, chef de la direction financière chez Pharmascience.

L’objectif : éviter à tout prix que l’entreprise cesse de produire ses médicaments, dont plusieurs sont parmi les plus prescrits au pays. Ils traitent notamment la pression, le diabète, le cholestérol, le cancer.

« Nous avons une responsabilité sociale, parce que si on arrête de produire, ça crée directement une pénurie sur le marché et des patients n’auront pas les médicaments dont ils ont besoin », précise-t-elle.

L’entreprise qui emploie 1200 personnes au Québec a aussi dû relever le défi de l’approvisionnement en masques et en gants. Particulièrement recherchés en ces temps de pandémie, ces équipements sont essentiels pour les employés qui doivent se protéger des émanations.

Il a aussi fallu réorganiser les quarts de travail. « Il fallait que les employés ne se rencontrent plus et tout désinfecter entre les deux », raconte Mme Girolamo.

Pour mieux protéger ses employés, l’entreprise a aussi commencé à prendre leur température et à donner deux masques par jour à ceux qui prennent les transports en commun.

En mettant en place ces mesures, Pharmascience a réussi à conserver sa production à 90 % de son efficacité.

Les coûts du transport explosent

Lorsque la crise a commencé, Pharmascience a eu peur pour son approvisionnement. « Nous avons des matières premières qui viennent d’Italie, d’Inde, de Chine, mais jusqu’à maintenant, elles continuent d’entrer », affirme Sonia Girolamo.

Il faut par contre en payer le prix.

Le coût du transport a augmenté de 300 %. Les matières premières venaient beaucoup par avion, alors qu’il y en a peu de disponibles maintenant, et de nombreux conteneurs attendaient sur les quais. On a dû commencer à affréter des transports ou se mettre avec d’autres gens pour arriver à envoyer des choses.

Sonia Girolamo, chef de la direction financière, Pharmascience

Impossible toutefois d’augmenter les prix de vente pour compenser.

« Les prix sont réglementés par le gouvernement, indique Mme Girolamo. Nous avons le devoir de continuer à produire, nous essayons de contenir les coûts et, après la crise, on analysera ce qui s’est passé et on s’assoira avec les autorités. Nous espérons aussi qu’après cette crise, les gouvernements favoriseront l’achat local pour les médicaments. »

Jongler avec plusieurs balles

Que ce soit la protection des employés, l’approvisionnement ou encore la chute de la valeur du dollar canadien, plusieurs réalités qui touchent les différents volets de l’entreprise finissent par influer sur les finances.

« L’entreprise a 15 vice-présidents et nous travaillons ensemble, indique Sonia Girolamo. Chacun me parle de ce qui se passe dans sa division et je dois comprendre ses enjeux. »

La crise a aussi accéléré le virage technologique entrepris chez Pharmascience, qui combine le numérique et l’intelligence artificielle. Comme chef de la direction financière, Sonia Girolamo est au cœur de cette transformation.

« Nous avons dû déployer plus rapidement des outils plus évolués pour permettre le télétravail, indique-t-elle. Les employés de production n’auront plus besoin de puncher en entrant travailler grâce à la reconnaissance faciale. Notre façon d’opérer sera complètement différente. »

Le parcours de Sonia Girolamo

Baccalauréat en administration des affaires à HEC Montréal

Titre de comptable professionnelle agréée (CPA). Elle a fait son stage chez Richter et y est restée sept ans.

Directrice des finances chez Marché du Store, elle y est devenue vice-présidente, finance.

Vice-présidente, finance, au siège social canadien de Covidien pendant sept ans

Chef de la direction financière depuis deux ans chez Pharmascience