Alors que la main-d’œuvre est rare, les entreprises doivent réussir à relever plusieurs défis en gestion des ressources humaines pour se tailler une place dans le palmarès des Sociétés les mieux gérées au Canada de Deloitte. Le tout en réussissant à tirer leur épingle du jeu dans un environnement d’affaires mondialisé. Coup d’œil sur les principaux enjeux rencontrés actuellement par les entreprises et sur certaines pistes de solution à envisager.

Martine Letarte, Collaboration spéciale Martine Letarte, Collaboration spéciale
La Presse

Cette année, 26 nouvelles entreprises, dont 7 au Québec, ont joint ce groupe sélect. Pour se qualifier, elles doivent présenter leurs enjeux et expliquer comment elles y font face. Brigitte Vachon, leader provinciale du programme chez Deloitte, a constaté que la main-d’œuvre était l’enjeu numéro un de ces entreprises privées qui ont toutes franchi le cap des 25 millions de dollars de revenus annuels.

Charles Baribeault, maître d’enseignement en gestion des ressources humaines à HEC Montréal, est convaincu qu’une bonne partie de la solution en matière de main-d’œuvre se trouve dans la capacité de rétention. À ses yeux, les entreprises peuvent y arriver grâce à la reconnaissance, à l’autonomie, aux défis et aux possibilités de grandir qu’elles donnent à leurs employés.

« Toutes ces actions passent souvent par le supérieur immédiat puisqu’il est le lien entre l’employé et son organisation, explique Charles Baribeault. La haute direction doit valoriser les bonnes pratiques de gestion, et cela se fait beaucoup par ses actions : si elle adopte un ton agressif et peu collaboratif, les gestionnaires risquent de faire la même chose. »

Formation et relève

Il est aussi convaincu de l’importance d’investir en formation pour permettre aux gestionnaires de développer leurs compétences.

Brigitte Vachon a d’ailleurs remarqué que la formation est très présente chez les entreprises incluses au palmarès. « On voit l’engagement des employeurs en la matière, mais aussi celui des employés », précise-t-elle.

La leader provinciale du programme constate également que ces entreprises prennent très au sérieux la question de la relève. « Elles ont la volonté de passer le flambeau de génération en génération, de s’y préparer et elles ont de beaux plans de relève pour y arriver », précise-t-elle.

Des marques fortes

En plus de s’assurer d’avoir une bonne rétention, les entreprises doivent arriver à attirer des candidatures intéressantes lorsqu’elles ont de nouveaux besoins. Elles doivent donc porter une attention particulière à leur marque employeur.

« Les entreprises doivent s’assurer que les gens parlent de l’entreprise en bien sur le marché, qu’ils disent que c’est une bonne place où aller travailler, explique Charles Baribeault. Cela se bâtit sur le long terme, en s’assurant de toujours traiter les employés avec dignité, respect et professionnalisme. »

De plus, bien que l’argent ne fasse pas le bonheur, ça demeure important pour les entreprises d’offrir un salaire concurrentiel et des avantages sociaux pertinents.

« Au lieu d’offrir la même chose à tout le monde, on voit de plus en plus une personnalisation des avantages sociaux que les employés peuvent choisir selon leurs besoins, indique Charles Baribeault. Par exemple, l’employeur peut donner le choix entre une augmentation de salaire de 2 % ou une semaine de vacances additionnelle. Ou encore, on ne va pas trop définir la flexibilité offerte pour que l’employé puisse y aller avec quelque chose qui lui convient. »

Tirer profit de la mondialisation

Les sociétés mieux gérées ont aussi appris à évoluer dans un environnement d’affaires mondialisé.

Il est inévitable maintenant de regarder ce qu’il se passe au niveau mondial, peu importe son secteur d’activité, pour trouver des occasions de grandir, des innovations qui feront la différence, des talents, etc.

Brigitte Vachon, leader provinciale du programme des Sociétés les mieux gérées au Canada chez Deloitte

Entre autres, des entreprises ont fait des acquisitions stratégiques aux États-Unis pour prévenir le risque lié à l’adoption de mesures protectionnistes.

On voit aussi la tendance à la diversification de l’offre de produits et de services.

« Par exemple, il peut être intéressant pour une entreprise qui distribue des produits de développer sa marque privée, explique Mme Vachon. Elle peut ainsi mettre à profit ses connaissances du secteur et du marché pour renforcer sa présence. Par contre, l’entreprise doit éviter de tomber dans les distractions qui l’éloignent de ce qu’elle fait de mieux. C’est un équilibre à atteindre. »

Enfin, les sociétés mieux gérées ont souvent un faible taux d’endettement.

« Elles conservent leurs bénéfices à l’intérieur de l’entreprise pour pouvoir constamment les réinvestir dans des projets, comme des acquisitions, tout en s’endettant très peu, explique Mme Vachon. C’est ainsi que ces entreprises ont la capacité de croître. »