L’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) souhaite que les femmes représentent 30 % de ses nouveaux membres d’ici 2030. Polytechnique espère que les étudiantes constitueront 40 % des inscriptions avant la fin de la décennie. L’École de technologie supérieure (ETS) ne veut pas d’objectif chiffré, préférant s’activer pour bien accueillir les femmes.

Samuel Larochelle Samuel Larochelle
Collaboration spéciale

Polytechnique compte plus de 28 % d’étudiantes en 2019-2020, soit 6 % de plus que la moyenne pancanadienne. « Depuis des années, on cherche à améliorer la place des femmes en sciences et technologies, indique Annie Ross, coprésidente du comité sur l’équité, la diversité et l’inclusion à Poly. Dans certaines branches, comme le génie biomédical, les femmes occupent entre 40 et 60 % des étudiants. »

Les mesures prises à Poly pour attirer les étudiantes sont nombreuses : bourses d’excellence, lancement du programme Génielles, création de groupes entièrement féminins durant le camp d’été scientifique, conception de l’événement Les filles et les sciences : un duo électrisant.

Un certain retard au Québec

Parmi les 65 000 membres de l’OIQ, 15 % sont des femmes, comparativement à 4 % en 1989. Si l’augmentation est appréciable, elle démontre toutefois un retard sur plusieurs autres professions déjà paritaires. La situation préoccupe Ingénieurs Canada, qui a lancé une stratégie pour obtenir 30 % de nouvelles inscriptions d’ici 2030. « Chaque province est libre de faire les actions de son choix, souligne Kathy Baig, présidente de l’OIQ. Au Québec, on a réuni plusieurs forces pour faire une réflexion collective sur la question. On a choisi de cibler des moments clés pour avoir un impact tout au long du processus scolaire. »

En effet, environ 300 femmes ingénieures parcourent les écoles secondaires et les cégeps depuis l’automne 2019 pour démystifier la profession. Dans le futur, plusieurs universités miseront également sur le mentorat : soit des étudiantes en génie qui « marrainent » des élèves du secondaire ou des universitaires qui ont accès à des marraines évoluant dans les milieux industriels.

Créer un environnement inclusif

Michel Hunault, directeur des affaires académiques de l’ETS, sait que son école est loin de la parité, alors que les femmes représentent 16 % des étudiants. Quand on lui demande ce qu’il reste à faire pour augmenter la présence féminine, il répond que la question est d’un autre ordre.

Je suis loin de croire qu’il faut un objectif de 50-50. On veut plutôt que notre école soit inclusive pour tous et que les étudiants choisissent un domaine d’études qui leur correspond sans sentir de pressions sociales. Si les femmes veulent étudier en génie, on veut qu’elles se sentent bien de venir chez nous.

Michel Hunault, directeur des affaires académiques de l’ETS

Bien que 84 % de ses étudiants soient des hommes, l’ETS n’est pas non inclusive à ses yeux. « On encourage les femmes à venir en génie avec un programme de bourses. On s’implique dans plusieurs événements organisés par Techno au féminin et Les filles et les sciences. On a mis sur pied la semaine Femmes de sciences pour faire découvrir la profession aux cégépiennes. On a réalisé une murale en l’honneur des étudiantes de l’ETS. »

D’abord un changement de mentalité

Si elle se fie à ses observations, la porte-parole de l’Association étudiante de l’ETS, Natacha Warin, estime que les femmes se sentent à leur place dans cette école. « Il y a une cohésion générale. Même s’il y a clairement une majorité de garçons dans l’école, toutes les filles avec qui je discute sont habituées. Il n’y a pas de sentiment de domination. Et en raison de la gestion des cours assez flexible à l’ETS, il y a un mélange organique qui se crée à l’intérieur de l’école entre les étudiants. » Cela dit, elle demeure convaincue de l’importance d’un changement de mentalités en société. « Il faut continuer de travailler dès le plus jeune âge pour que les filles comprennent qu’elles ont leur place en génie. »

Le président de l’Association étudiante de Polytechnique, Jonathan Landry-Leclerc, est du même avis. « Il faut intéresser les jeunes filles à la profession au primaire et au secondaire, en leur montrant que le milieu est accessible à tous. Il y a un changement de culture à faire au niveau de l’éducation. »

S’il est témoin des efforts de son établissement pour attirer les femmes, il remarque aussi qu’elles sont particulièrement impliquées dans la vie étudiante. « Peu importe le comité, on a la parité ou presque. Et ça adonne comme ça, naturellement. J’ai tendance à dire que les femmes s’impliquent plus que les hommes, même si elles sont moins nombreuses à l’école. »