Pendant quatre ans, Catherine Filippelli a développé une spécialité en recrutement et en intégration des nouveaux employés auprès d’entreprises manufacturières. Chaque fois qu’elle enfilait des bottes et des lunettes de sécurité pour visiter les usines, une petite voix lui disait qu’elle devrait y travailler elle aussi. En août 2019, elle est donc retournée sur les bancs d’école.

Samuel Larochelle Samuel Larochelle
Collaboration spéciale

« Ça me faisait quelque chose à l’intérieur quand j’allais en usines, se souvient-elle. Je suis très curieuse de comprendre comment les choses sont fabriquées. Après quatre ans à analyser le type de personnes qui cadraient avec ce genre de postes, j’ai eu envie de prendre la place de ceux que je recrutais ! »

Il y a six mois, elle a entrepris un diplôme d’études professionnelles (DEP) en techniques d’usinage à l’École des métiers de l’aérospatiale de Montréal (EMAM). Un programme où elle apprend comment opérer des machines et des outils à commandes numériques et traditionnelles. « On travaille avec un niveau de haute précision, dit l’étudiante de 27 ans. Pour opérer ces machines, il faut un grand esprit d’analyse et de logique. En regardant un dessin, le machiniste va pouvoir décider de la séquence d’opérations à effectuer. »

Repartir à zéro

C’est tout un univers que l’ex-employée des ressources humaines apprivoise. « Je suis partie de rien, mais ça se passe bien. Je me lève tous les matins pour aller à l’école en ayant hâte d’apprendre. Je lis mes manuels d’un couvert à l’autre. Je suis fascinée par toutes les avancées technologiques. J’en mange ! »

Bien qu’elle ait choisi d’étudier son métier dans une école spécialisée en aérospatiale et en aéronautique, ce n’est pas une passion pour les avions qui l’a poussée vers l’EMAM. « J’avais surtout un grand désir de fabrication, en partant de quelque chose de brut pour arriver vers un résultat fini, en sachant que c’est moi qui l’ai produit. Je voulais créer des pièces utiles pour le quotidien des gens ou pour un avion. »

Bref, Catherine Filippelli voulait travailler dans le concret.

J’avais envie de me salir les mains, sans pour autant délaisser le côté intellectuel. On ne fait pas juste jouer avec les machines. Il y a une grande réflexion à faire avant de procéder.

Catherine Filippelli

Des difficultés ?

Quand on lui demande si elle fait face à certaines difficultés dans son cheminement académique, elle prend un long moment avant de répondre que non. Et le fait d’être une femme dans un milieu majoritairement masculin n’est pas non plus un défi pour elle. « Depuis le premier jour, je me sens à ma place. Les femmes sont souvent perçues comme étant plus minutieuses que les hommes, mais tout aussi rapides. Les employeurs sont très ouverts à nous embaucher. »

L’étudiante sent qu’elle trouvera aisément un emploi dans l’un des nombreux secteurs qui recherchent des machinistes, au terme de son DEP en décembre 2020. « Il y a une pénurie dans mon domaine. Avec l’industrie 4.0, les employeurs sont à la recherche de machinistes qualifiés. Les perspectives d’emploi sont positives. »

Elle prolongera toutefois son parcours académique. « Je veux effectuer une attestation de spécialisation professionnelle en commandes numériques et une autre en outillage. Je serai capable de fabriquer non seulement des pièces, mais aussi des matrices, des gabarits, des moules et des outils de coupe. Ensuite, je ferai ma place dans une entreprise. »