D’ici quelques années, l’extraction et le transport du minerai dans les mines pourraient bien être entièrement confiés à de la machinerie automatisée ou opérée par des travailleurs en surface. C’est du moins la vision d’Éric L’Heureux, président et fondateur de Solutions Ambra. Et son objectif est en voie de se concrétiser.

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Collaboration spéciale

L’équipe de l’ingénieur informatique travaille justement à automatiser les mines du Québec en y installant des réseaux cellulaires LTE, ceux-là mêmes qu’utilisent nos téléphones cellulaires. Reliée à des capteurs de température, la technologie LTE permet de gérer automatiquement la ventilation. Connectée à des convoyeurs, elle donne la chance aux opérateurs d’extraire le minerai à distance en téléguidant les instruments.

« Travailler à l’air conditionné, c’est toujours plus agréable qu’au fond d’une mine à 35 degrés Celsius », souligne M. L’Heureux. Également, la technologie augmente concrètement la sécurité des travailleurs qui n’ont plus à arpenter les galeries des mines, selon lui.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Éric L’Heureux, président de Solutions Ambra, discute avec son vice-président aux opérations, Alex Léveillée.

Ambra a aménagé un réseau privé dans la mine LaRonde d’Agnico Eagle en Abitibi en 2018. Une infrastructure enfouie à 3 kilomètres sous terre. L’année suivante, c’était au tour de la mine Raglan de Glencore, dans le Nord-du-Québec, de profiter de son expertise. L’entreprise a jusqu’ici déployé sa technologie dans huit mines souterraines ou à ciel ouvert au Canada, couvrant plus de 90 km avec ses câbles et ses antennes.

En plus de servir à la téléopération et à la transmission des données de capteurs, le réseau LTE de ces mines permet de suivre en temps réel les déplacements des équipements grâce à une technologie qui fait l’objet d’un brevet par Ambra. Le réseau cellulaire permet aussi les appels vocaux et vidéos d’un bout à l’autre de la mine.

Ces deux réussites en poche, M. L’Heureux souhaite maintenant exporter son expertise à l’international en 2020. Et il se montre confiant.

Nos clients sont déjà globaux, alors ça devrait accélérer le processus.

Éric L’Heureux, président de Solutions Ambra

Afin de préparer le terrain, Ambra a ouvert de nouvelles installations à Trois-Rivières en septembre dernier. C’est là que travaille la majorité de la cinquantaine d’employés de l’entreprise, qui compte aussi un bureau d’ingénierie à Montréal.

Du 4.0 partout

Mais le filon minier n’est pas le seul qu’Ambra souhaite explorer. L’entreprise effectue notamment des tests avec FPInnovation, l’organisme privé de recherche et développement des entreprises forestières canadiennes, pour automatiser la coupe et le transport du bois. « On veut faire en sorte qu’un convoi puisse être dirigé seulement par un chauffeur assis dans le premier camion, puis que les autres soient télécommandés », explique M. L’Heureux.

Ambra lorgne aussi du côté de l’énergie dans l’Ouest canadien. La PME a d’ailleurs ouvert un bureau à Calgary pour cette raison. « Tous ces domaines sont très conservateurs, remarque le président d’Ambra, les technologies doivent être éprouvées avant d’être adoptées. » Cela dit, il se montre sûr de voir les domaines industriels qui l’intéressent adopter eux aussi le virage « 4.0 » et automatiser progressivement leurs processus.

L’arrivée de la technologie 5G devrait accélérer le processus. Ambra s’y est d’ailleurs déjà préparée, confie son président. « On est déjà prêts pour la 5G depuis deux ans, dit-il. La seule limitation, c’est l’écosystème : le nombre de dispositifs 5G sur le marché est limité. »