Les défis des PME québécoises demeurent nombreux et complexes, tout comme les inquiétudes des dirigeants des petites et moyennes entreprises qui tentent de trouver des solutions concrètes à ces enjeux préoccupants. Tour d’horizon.

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

Relève entrepreneuriale

« Les chefs d’entreprise s’accrochent et hésitent à faire confiance à la relève, constate Alexandre Raymond, chef de la pratique pour le recrutement de cadres chez Raymond Chabot Grant Thornton [RCGT]. Et ça peut poser problème, quand on sait qu’il faut compter de cinq à huit ans pour assurer une transition harmonieuse. » Il reconnaît que l’enjeu de la relève au sein de la PME est soulevé depuis une grosse décennie et que le problème ne semble pas sur le point de se régler. « On peut comprendre que les baby-boomers à la tête de leur entreprise ont de la difficulté à passer le flambeau, que ce soit à un membre de la famille ou, dans d’autres cas, à un acquéreur de l’extérieur, dit-il. Mais c’est une erreur de reporter cette question à plus tard. »

Pénurie de main-d’œuvre

La pénurie de main-d’œuvre – certains préfèrent parler de rareté – continue de préoccuper les dirigeants de PME, soulève de son côté Louise Martel, associée et experte-conseil en ressources humaines, également chez RCGT. « Or, on constate que les patrons hésitent encore à faire appel à des recruteurs pour trouver à l’étranger des employés spécialisés, notamment. C’est pourtant une stratégie qui peut s’avérer efficace. » Louise Martel ne cache pas qu’en raison de la forte demande pour des employés compétents, les PME doivent se montrer proactives, tout en étant « attirantes », pour attirer des candidats. « On leur dit qu’elles ont tout intérêt à être vites sur la gâchette si le candidat convient, et ne pas hésiter à proposer l’embauche sur-le-champ ! »

Valorisation des PME

« On aimerait que le gouvernement Legault valorise davantage la contribution de la PME, soulève Gopinath Jeyaba, porte-parole de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante [FCEI]. Il nous semble qu’il envoie un très mauvais signal lorsqu’il insiste sur l’importance de créer des jobs payantes, à 40 $ et plus l’heure, quand on sait que le salaire horaire dans la PME est autour de 20 $ l’heure. Nous ne sommes pas contre la grande entreprise, la venue des Tesla et des Mitsubishi, mais il nous semble que le gouvernement en place oublie de parler en termes élogieux de notre contribution au sein de l’économie québécoise. »

Concurrence et consigne

« On subit une concurrence déloyale des Amazon de ce monde qui ne sont pas soumis aux mêmes règles du jeu que la PME, martèle Gopinath Jeyaba. Comment se fait-il que Québec et Ottawa acceptent que ce géant américain inonde le marché québécois avec ses boîtes de livraison en carton sans avoir à répondre d’aucune réglementation ? Pourquoi n’exige-t-on pas d’écofrais alors qu’on demande aux PME de payer ? » Les PME se demandent également comment elles pourront gérer, et à quel coût, la consigne sur les plastiques et les contenants de verre (les bouteilles), dans la restauration et l’hôtellerie. « On est bien d’accord pour participer à l’effort de recyclage, dit Gopinath Jeyaba. Mais on manque d’informations. »

Financement de l'automatisation

Qu’elles le veuillent ou non, les PME doivent accélérer le pas pour moderniser leurs équipements et poursuivre le virage de l’automatisation dans le secteur manufacturier. « C’est aussi un défi de gouvernance, la capacité d’aller chercher du financement pour procéder à ces investissements pour innover, fait valoir Alexandre Raymond. Chose certaine, on est conscient, dans les usines, qu’il faut optimiser la production pour faire face à la concurrence internationale. » Le virage numérique est un autre enjeu, fait valoir Louise Martel. « Il y a encore un gros pourcentage de PME qui n’ont pas entrepris ce virage, et on ne parle pas de big data et d’intelligence artificielle. Il ne faut pas oublier non plus que dans certaines régions du Québec, des PME n’ont même pas de site web, et certaines n’ont pas de réseau internet, point à la ligne ! », soulève Louise Martel.