Quand il était président des Serres Sagami-Savoura, Stéphane Roy multipliait les interventions publiques pour inciter les dirigeants de PME à embaucher des personnes en situation de handicap pour combler leurs besoins de main-d’œuvre.

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

« Il nous a laissé un bel héritage », reconnaît Marc-André Laurier-Thibault, porte-parole de l’entreprise, lui-même atteint de paralysie cérébrale, à propos de son patron mort tragiquement l’été dernier en compagnie de son fils de 14 ans.

Cet héritage, c’est une politique favorisant la création d’emplois pour les personnes avec un handicap quelconque. « Il y a toujours cru, c’est une cause qui lui tenait à cœur », rappelle le premier employé-cadre recruté par Savoura.

Et c’est Stéphane Roy qui lui a donné sa chance, il y a un an à peine…

« Il a cru en mon potentiel, dit-il avec émotion. Stéphane m’a dit : “T’es bon dans quoi ?”, et je suis devenu directeur des affaires publiques et gouvernementales ! »

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Le porte-parole de Savoura, Marc-André Laurier-Thibault est lui-même atteint de paralysie cérébrale.

Stéphane [Roy] répétait qu’il fallait favoriser l’employabilité des personnes en situation de handicap. Il l’avait exprimé devant un millier de gens d’affaires lors d’un déjeuner-causerie de la chambre de commerce de Montréal. Il encourageait les entreprises à embaucher ces personnes

Marc-André Laurier-Thibault, directeur des affaires publiques et gouvernementales de Savoura

Une politique écrite

Marc-André Laurier-Thibault, 37 ans, souhaite maintenant aller plus loin pour faire une plus grande place aux personnes qui, tout comme lui, ont des handicaps, qu’elles soient malentendantes ou atteintes de troubles du spectre de l’autisme.

« Nous avons désormais une politique écrite, que j’ai moi-même rédigée, sur cet enjeu de société, dit-il fièrement. Et nous avons élaboré une stratégie qui nous permettra d’offrir des emplois à ces personnes sur tous nos sites au Québec. Nous passons à l’action. »

Il rappelle qu’au Québec, pas moins de 250 000 personnes handicapées « n’attendent que ça, se faire offrir un emploi à la hauteur de leurs talents ».

« Ces gens-là sont heureux de travailler, ils sont fidèles envers leur employeur et ils fournissent le rendement auquel on s’attend d’eux », ajoute le gestionnaire.

Des défis et des solutions

Tout en reconnaissant que la pénurie de main-d’œuvre pose des défis de taille, le diplômé universitaire en relations industrielles estime qu’il faut trouver des solutions imaginatives pour solutionner une partie du problème.

« Pour notre part, recruter des personnes avec un handicap constitue un élément-clé dans cette démarche visant à enrichir nos ressources humaines tout en misant sur la diversité des compétences », considère Marc-André Laurier-Thibault.

Il n’est toutefois pas sans savoir qu’un changement de mentalités s’impose au sein même des PME, qui hésitent à faire appel à leur expertise et à leur grande capacité de travail.

On le voit bien, constate-t-il. Il y a encore des réticences chez bon nombre d’employeurs. Il y a de la discrimination. Et la meilleure façon de la combattre pour mettre fin aux inégalités, c’est de montrer des exemples de réussite.

Marc-André Laurier-Thibault

Pour « faire avancer les choses », le directeur de l’entreprise établie à Mirabel n’hésite pas à parler ouvertement de sa propre réalité. « Je prends les devants. C’est plus facile comme ça », fait-il valoir.

Étonnamment, il voit son propre handicap comme « un atout », et il n’éprouve aucune gêne à dire à ses interlocuteurs qu’il souffre de paralysie cérébrale.

« À vrai dire, ça capte davantage leur attention quand je me mets à parler ! », considère le directeur chez Savoura.

Se remettre après le choc

La décision de l’entreprise québécoise de recruter dans des « bassins non traditionnels », entre autres auprès des travailleurs étrangers temporaires, intervient au moment où Savoura se remet petit à petit des événements tragiques de juillet dernier, alors qu’on apprenait que Stéphane Roy et son fils Justin avaient péri dans l’écrasement de leur hélicoptère.

« L’entreprise continue et il faut aller de l’avant, exprime Marc-André Laurier-Thibault. Les choses se mettent en place. On a fait la tournée des sites de production et on a rencontré les employés. Il faut comprendre qu’on a traversé une période difficile, et un grand stress, avec toute l’attention médiatique. »