L’industrie aérospatiale est durement frappée par la COVID-19, mais la course à l’innovation se poursuit alors qu’entreprises et chercheurs s’efforcent de trouver des solutions pour réduire l’empreinte de carbone et intégrer davantage de technologies numériques. Le Canada arrivera-t-il à se positionner avantageusement quand la relance décollera ?

Martine Letarte Martine Letarte
Collaboration spéciale

Aujourd’hui, au Forum innovation aérospatiale international organisé par Aéro Montréal, la grappe aérospatiale du Québec, Bell Textron Canada réalisera le premier vol public de son nouveau système de rotor de queue à propulsion électrique.

« Sur un hélicoptère, il y a le rotor principal, donc les pales qui permettent de voler, et, à la queue de l’appareil, il y a le rotor, qui permet d’empêcher que l’appareil tourne sur lui-même ; et celui que nous avons produit à Mirabel est composé de quatre petites hélices propulsées par de l’électricité générée par le moteur principal qui, lui, fonctionne à essence », explique Steeve Lavoie, président de Bell Textron Canada.

Ce rotor de queue est beaucoup plus silencieux qu’un rotor traditionnel. « Normalement, la majorité du bruit d’un hélicoptère vient du rotor de queue », affirme M. Lavoie.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Ce rotor de queue est beaucoup plus silencieux qu’un rotor traditionnel.

Bell continuera à travailler sur ce prototype et aimerait lancer la production commerciale dans quelques années.

L’entreprise travaille aussi très fort sur ses drones livreurs de colis. « Nous irons exploiter la couche aérienne aux alentours des 500 pieds d’altitude, qui est vierge, pour transformer le transport, par exemple de dons d’organes ou de colis précieux », indique Steeve Lavoie.

Ces appareils autonomes peuvent être conçus pour lever des petits colis de 7 kg comme des gros de 450 kg. Les grands défis demeurent toutefois l’acceptabilité sociale en zone urbaine en raison du bruit, la réglementation de cet espace aérien et la création d’un système de gestion de cette flotte qui sera pilotée principalement par l’intelligence artificielle.

Durabilité et transformation numérique

L’amélioration de la durabilité du secteur de l’aérospatial et sa transformation numérique sont les deux grands domaines de recherche de l’industrie, confirme Christian Moreau, directeur de recherche à l’Institut de conception et d’innovation aérospatiales de l’Université Concordia.

Que ce soit pour le développement de systèmes de propulsion électrique ou hybride, de moteurs plus performants, de matériaux plus légers, ou encore pour tout ce qui est relié à la connectivité, à l’intelligence artificielle et à la cybersécurité, nous sommes dans une période de grande ébullition en matière de recherche et développement.

Christian Moreau, directeur de recherche à l’Institut de conception et d’innovation aérospatiales de l’Université Concordia

« Ces innovations formeront l’avenir de l’industrie et c’est très inspirant, notamment pour les jeunes », affirme Suzanne Benoit, PDG d’Aéro Montréal.

Rester dans la course

Aéro Montréal s’inquiète toutefois du grand impact de la pandémie sur la suite des choses au Canada, alors que plusieurs autres pays placent leurs billes en prévision de la relance. Par exemple, Airbus veut commercialiser un avion à hydrogène en 2035 et le gouvernement français a annoncé qu’il investira 1,5 milliard d’euros d’ici à 2022 pour atteindre l’objectif d’un avion neutre en carbone dans son plan de soutien du secteur aéronautique.

« Le gouvernement du Québec comprend que le secteur aérospatial est stratégique, mais le gouvernement du Canada doit aussi le reconnaître et mettre sur pied une stratégie, affirme Mme Benoit. On est au cinquième rang des exportateurs dans le monde, mais on est à risque d’être déclassé si on n’arrive pas avec de nouvelles technologies. Nous avons des capacités incroyables de recherche, mais il faut augmenter les investissements pour être prêts pour la relance. Sinon, on ne sera plus dans la course. »