Quand la pandémie bouleverse un plan de vol

Yvon Laprade
Collaboration spéciale

Comme bien d’autres PME québécoises qui gravitent au sein de l’industrie aéronautique, la firme technologique AV&R a dû ajuster son mode de production pour faire face à la très grave crise économique qui secoue le secteur.

« Avant la pandémie, on avait le vent dans les voiles. On voulait doubler la taille de l’entreprise. Depuis la mi-mars, les avions ne volent pas et nos spécialistes ne vont plus voir nos clients à travers le monde. »

Ainsi s’exprime Jean-François Dupont, PDG de la firme technologique AV&R, spécialisée dans l’automatisation industrielle. Il ajoute : « Le secteur aéronautique générait 95 % de notre chiffre d’affaires. On parle maintenant de 50 %. »

Le PDG de la PME de Saint-Bruno-de-Montarville n’hésite pas à parler d’une tempête (qui a causé le départ de 10 des 75 employés). Mais il refuse de baisser les bras. « L’aéronautique, ça demeure notre principal marché, assure-t-il. Et nous avons des projets novateurs avec les grands motoristes, les donneurs d’ordres [Pratt & Whitney, GE, Rolls-Royce, Safran]. Mais nous avons convenu qu’il nous fallait nous réorienter dans un nouveau marché, le temps, justement, que la tempête passe. »

On est un petit acteur dans un monde de géants. Le jour où on cessera d’innover, on se fera devancer par nos concurrents.

Jean-François Dupont, PDG d’AV&R

Ce « nouveau marché », c’est le secteur médical… Rien à voir avec l’aéronautique, au sein duquel évolue AV&R depuis 15 ans, avec une présence dans près de 20 pays, en particulier en Asie.

« On vend maintenant des machines qui servent à fabriquer des implants orthopédiques pour les genoux, les épaules et les hanches, explique Jean-François Dupont. On amène des solutions automatisées et robotisées de finition et d’inspection des surfaces. Il faut comprendre que les standards de qualité et de précision sont très élevés dans ce domaine. Nous mettons à profit l’expertise acquise dans l’aéronautique. »

L’entreprise prévoit également d’offrir son expertise acquise à l’international aux PME manufacturières québécoises pour hausser son volume d’affaires.

Un « hypothétique » retour à la normale

Tout en espérant un éventuel retour à la normale, le PDG reconnaît que les temps sont difficiles dans l’aéronautique. « On déploie beaucoup d’efforts et les résultats ne sont pas nécessairement au rendez-vous », déplore-t-il.

Ce qui n’empêche pas la PME de travailler depuis deux ans, de concert avec un « motoriste européen », sur un projet avant-gardiste. « Avec nos systèmes d’inspection des surfaces, résume-t-il, on analyse les pièces à réparer, par exemple les ailettes dans les moteurs d’avions, à l’aide de caméras et d’algorithmes. On détermine les endroits où il y a des réparations à faire. Une fois qu’on a capté cette information, tout est numérisé et transféré à une autre cellule robotisée qui va faire les réparations de la pièce. »

Dans une industrie qui aura grandement besoin de réduire ses coûts pour redevenir concurrentielle, Jean-François Dupont entend miser sur le « savoir-faire » de son équipe d’employés spécialisés. « Les avionneurs exigent que les moteurs soient performants, observe-t-il. Dans un tel contexte, il devient de plus en plus important que les réparations des pièces se fassent avec une grande précision, et le plus rapidement possible. C’est ce que nous faisons. »