Pour différentes raisons, comme les secteurs d’activité où les femmes sont particulièrement présentes et le fait qu’elles prennent encore sur leurs épaules en moyenne plus de responsabilités que les hommes en matière de soins aux enfants et de tâches ménagères, les entrepreneures vivent plus durement les impacts de la COVID-19 que les entrepreneurs. Mais il y a aussi des exemples de résilience.

Martine Letarte Martine Letarte
Collaboration spéciale

Les coups durs, Marie-Ève Caron, présidente et fondatrice d’UMANA, ne les compte plus depuis le début de la pandémie. Son entreprise de vêtements peau à peau brevetés pour les nouveau-nés prématurés a vu sa demande s’écrouler avec le début du confinement alors qu’elle vend chez plusieurs détaillants ici et à l’international.

Pour poursuivre sa mission sociale et continuer à faire travailler les 125 personnes handicapées et de minorités visibles embauchées par ses sous-traitants, elle s’est tournée rapidement vers la production de masques malgré un approvisionnement difficile en textile.

« En trois ou quatre jours, j’en avais vendu 30 000 », se rappelle celle qui a la chance de pouvoir compter sur son conjoint qui travaille dans l’entreprise et réalise aussi une grande part des tâches domestiques et celles liées aux soins de leurs trois enfants.

Lorsque 800 colis sont restés coincés chez Postes Canada, Marie-Ève Caron a appelé chacun des clients pour leur expliquer la situation et leur a renvoyé un nouveau colis gratuitement.

Puis, la Chine est redevenue fonctionnelle et a inondé le marché de masques bon marché.

« Cela a fait arrêter toute la production de nouveau en août et ça a vraiment été un coup dur parce qu’on a beaucoup investi de temps et d’argent dans la production de masques et le gouvernement ne nous aide pas à rester chef de file », indique celle qui a pris connaissance en même temps que tout le monde des nouvelles recommandations pour les masques à trois couches avec une performance de filtration supérieure, et qui vient tout juste de lancer un nouveau modèle conforme aux normes.

Les obstacles des entrepreneures

En août, le Portail de connaissance pour les femmes en entrepreneuriat a publié L’état de l’entrepreneuriat féminin au Canada 2020, qui montre plusieurs obstacles structurels auxquels font face les entrepreneures. Entre autres, par rapport aux hommes, elles sont à la tête d’entreprises souvent plus petites, elles sont moins susceptibles d’aller chercher du financement comme du capital de risque et elles sont aussi plus présentes dans des secteurs grandement touchés par la crise, comme les services, le social et la beauté.

Caroline Coulombe, professeure à l’École des sciences de la gestion (ESG) de l’Université du Québec à Montréal, a réalisé une collecte de données au cours de la première vague auprès d’équipes de gestionnaires de projets qui lui a permis de parler avec plusieurs entrepreneurs. Elle a vu notamment deux mères de famille, une qui fabriquait des patrons et une active dans l’évènementiel, qui ont abandonné leur entreprise pour trouver un emploi « plus cadrant ».

Un élément qui a frappé la chercheuse dans les données recueillies est le fait les femmes prenaient une plus grande part des charges que les hommes.

« On sentait les hommes beaucoup moins stressés que leur conjointe et d’ailleurs, ils le disaient, affirme Mme Coulombe. Les femmes vivaient beaucoup plus de difficultés liées à l’incertitude, aux enjeux financiers et aux responsabilités par rapport aux enfants qui n’étaient pas à l’école ou à la garderie. L’équilibre était très difficile à maintenir pour elles. »

La chercheuse s’apprête d’ailleurs à refaire une collecte de données dans la deuxième vague afin de voir comment la situation a évolué.