Mère chef de famille monoparentale de classe moyenne, Julie Meunier donne à la hauteur de ses économies à plusieurs causes caritatives. Se décrivant comme une petite donatrice, elle réserve entre 500 et 1000 $ pour des dons chaque année.

Samuel Larochelle Samuel Larochelle
Collaboration spéciale

Bien qu’elle soit loin de la précarité, elle ne nage pas dans les surplus. « Je suis un petit écureuil, dit-elle. Comme j’ai longtemps été pigiste, j’ai conservé une discipline pour mettre de l’argent de côté, tant pour ma sécurité financière que pour les dons. »

Quand on lui demande des conseils pour les personnes qui ne sont pas riches, mais qui veulent donner, elle suggère de commencer petit. « On peut commencer par acheter le journal L’Itinéraire. Ou mettre 20 $ de côté par mois, en demandant à son employeur de retenir le montant à la source sur sa paie ou en plaçant 5 $ par semaine dans un compte. Il n’y a pas de montant plus noble qu’un autre. »

Professeur à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et expert en philanthropie, Jean-Marc Fontan souligne que la notion de « petit donateur » est très différente d’un organisme à l’autre. « Il n’y a pas de barème standard, dit-il. Pour certaines organisations, un don important représente 50 $. Pour d’autres, on parle de 1000 $ ou de 10 000 $. »

Il conseille aux individus généreux mais peu fortunés de mettre en pratique la stratégie du petit cochon.

Dès qu’on se retrouve avec 25 sous en poche, on les met de côté, et on offre la cagnotte à des organismes en fin d’année. On peut aussi économiser les petits extras qu’on fait parfois pour les donner à une cause.

Jean-Marc Fontan, professeur à l’UQAM et expert en philanthropie

De son côté, Julie Meunier multiplie les petits gestes. « Je donne à des amis qui participent à des marches ou qui embrassent une cause le jour de leur anniversaire. Je fais des dons réguliers à Centraide par l’intermédiaire de mon employeur. Je participe à des activités, comme une marche de 80 kilomètres pour laquelle j’ai amassé des sous de mes proches et que j’ai autofinancée en partie. »

Elle fait également des dons à l’école secondaire pour adultes Félix-Antoine, où sa fille handicapée a étudié. « Même si c’est gratuit et même si elle est adulte, ça allait de soi de faire un don à cette école qui donne une chance aux jeunes exclus du système. C’est peu pour moi, comparé à toute l’estime qu’ils ont redonnée à ma fille. »

Inspirée par la tradition anglaise

Son parti pris pour la philanthropie s’est accentué durant ses études à l’Université McGill. « Les anglophones sont très forts sur le concept de donner au suivant et sur l’importance de s’investir dans la communauté. Ça m’est resté depuis mes études. »

Elle ajoute qu’elle donne ce qu’elle n’a pas reçu. « Je viens d’une famille qui n’était pas nantie. Je n’ai jamais demandé de bourses et j’ai toujours travaillé très fort pour avoir ce que j’ai. Pourtant, je trouve ça nécessaire de redonner à la société, car la société nous en donne beaucoup. On ne peut pas attendre que ça vienne toujours du gouvernement. »

Même si le don en argent est le réflexe de bien des donateurs, M. Fontan rappelle que les manifestations du don sont multiples. « On peut donner du temps, des biens ou des attentions. Quand on a de la difficulté à joindre les deux bouts, on a l’impression que le don d’argent n’est pas à notre portée, mais parfois, il suffit de donner autrement. »