Après le « panier bleu » pour inciter les Québécois à acheter local, verra-t-on bientôt poindre à l’horizon un « nuage bleu », cette fois pour favoriser le regroupement des forces vives dans le secteur des technologies et de l’innovation ?

Yvon Laprade
Yvon Laprade Collaboration spéciale

« Nous avons lancé cette idée [en juin dernier] et nous pensons que cet outil pourrait s’avérer efficace, soumet Pierre-Philippe Lortie, directeur, Québec, Conseil canadien des innovateurs (CCI). On parle d’une sorte de bottin 4.0 où l’on pourrait, d’un seul clic, accéder au répertoire des entreprises québécoises technologiques et innovantes. »

Cette idée de développer un « outil similaire au panier bleu » fait partie d’un train de mesures visant à doter le Québec d’une stratégie de l’innovation, en favorisant, entre autres, la transformation numérique des entreprises et en facilitant l’obtention de crédits d’impôt pour la recherche et le développement.

Une initiative du Conseil canadien des innovateurs (CCI), le document de travail rédigé par huit organisations, qu’on pense à Québec Innove et TechnoMontréal, a été remis le mois dernier au cabinet du ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon.

« Nous pensons que le moment est propice pour réfléchir à de nouvelles façons de faire pour relancer notre économie, dans un contexte de post-pandémie, convient Pierre-Philippe Lortie. Nous avons au Québec une solide expertise en matière d’innovation et il faut tout mettre en œuvre pour aider nos entreprises, qu’elles soient en démarrage ou en pleine expansion, à se déployer davantage dans nos propres marchés et l’international. »

On dit au gouvernement : prenons le virage de l’innovation ! Cessons de faire venir des investisseurs de l’étranger et voyons comment faire fructifier notre écosystème ! Regardons ce qui se fait de bien chez nous.

Pierre-Philippe Lortie, directeur, Québec, Conseil canadien des innovateurs (CCI)

Une prise de conscience à Québec

Chose certaine, souligne Nicole Martel, porte-parole de l’Association québécoise des technologies, une « prise de conscience du gouvernement » s’impose pour faciliter la tâche aux entreprises qui travaillent sur des solutions technologiques avant-gardistes, mais qui ont souvent du mal à vendre leurs idées et leur expertise dans leur propre cour.

« Nous souhaitons un changement de comportement, entre autres dans [l’attribution] des contrats publics, précise-t-elle. Mais on constate que [depuis nombre d’années], on [les gouvernements] a tendance à s’inspirer de ce qui s’est fait ailleurs. Pourtant, localement, on a une industrie très solide, une expertise reconnue mondialement. »

On se fait souvent dire qu’il faut respecter les accords commerciaux et on comprend cela, mais il y aurait lieu de mieux positionner l’approvisionnement local [en suscitant des collaborations entre les entreprises en démarrage et les PME en forte expansion] sans renier les ententes internationales.

Nicole Martel, porte-parole de l’Association québécoise des technologies

Nicole Martel remet également en question la « fameuse règle du plus bas soumissionnaire [dans les contrats publics] » qui, selon elle, ne sert pas nécessairement la cause des entreprises québécoises.

« Quand on parle d’innovation, soulève-t-elle, cette règle fait souvent abstraction de la valeur ajoutée et des économies potentielles à plus long terme. Ça se voit dans le secteur de la santé et dans bien d’autres secteurs de l’économie. À titre d’exemple, on va acheter des stimulateurs cardiaques à moindre coût qui vont durer 5 ans au lieu de 10, alors qu’on pourrait accepter de payer un plus cher pour avoir de la qualité et de la durabilité. »

Ce qui fait dire à Pierre-Philippe Lortie : « Au lieu de penser à ce qui se fait de moins cher, pourquoi ne pas penser à ce qui se fait de mieux ? »