Quiconque a déjà rencontré un planificateur financier ou consulté un livre de conseils dans le domaine a entendu parler du fonds d’urgence. Certains spécialistes conseillent d’accumuler l’équivalent de trois à six mois de salaire, d’autres de trois à six mois de dépenses, mais tous s’entendent pour dire qu’il est nécessaire.

Samuel Larochelle Samuel Larochelle
Collaboration spéciale

Angela Iermieri, planificatrice financière chez Desjardins, suggère à ses clients d’accumuler une somme leur permettant de couvrir au moins trois mois de dépenses, en cas de perte d’emploi, de maladie ou d’invalidité. « On prescrit trois mois en fonction de la période de carence de l’assurance invalidité ou de la prestation de l’assurance emploi, qui peut prendre deux semaines, un mois, et parfois plus, avant d’être envoyée, explique-t-elle. Le coussin permet d’avoir des sous au moins pour cette période. »

Trois mois, cela semble également une période relativement raisonnable pour trouver un nouveau travail. « Je recommande de trois à six mois selon l’individu, son niveau d’insécurité et son type d’emploi, dit Charles-Olivier Ledoux, planificateur financier indépendant. Quelqu’un qui a moins d’éducation peut avoir plus de difficulté à trouver un autre emploi. Alors qu’une personne très scolarisée, qui évolue dans un secteur d’activité en croissance, sera probablement moins inquiète. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

« L’épargne est une habitude. Quand on a accumulé trois mois de dépenses, on n’est pas obligé d’arrêter », croit Angela Iermieri, planificatrice financière chez Desjardins.

Sa collègue croit aussi que le fonds est propre à chacun. « Si on a une assurance collective, une assurance invalidité ou une assurance hypothécaire qui nous couvre en cas d’invalidité, ça influence la donne, affirme Mme Iermieri. Même chose si on a un revenu stable ou non. Les travailleurs autonomes auront peut-être besoin de plus que trois mois de dépenses en économies. »

Préserver les rêves


La gestion des finances personnelles est également influencée par les projets à moyen et à long terme.

Si tu n’as pas de coussin d’urgence et que tu fais face à un pépin, alors que tu accumulais des économies pour acheter une maison dans quelques années, tu vas devoir piger dans tes épargnes pour ce projet. Ça peut retarder le projet et te placer dans une situation financière plus précaire.

Charles-Olivier Ledoux

Les deux spécialistes déconseillent aussi d’utiliser une carte de crédit ou une marge de crédit comme fonds d’urgence. « Quand on fait ça, on ajoute du crédit et des intérêts à payer, ce qui alourdit notre fardeau de dette, rappelle la planificatrice. Le crédit peut être une aide ponctuelle, mais il ne faut pas se baser juste là-dessus. »

Comment l’accumuler ?

Première étape afin d’obtenir un coussin financier : établir un budget précis, en fonction de ses entrées d’argent et de ses dépenses. S’il ne reste aucun surplus après cet exercice, une réévaluation des dépenses peut s’avérer nécessaire. « J’ai rencontré des clients qui dépensaient entre 300 et 500 $ par mois en produits pharmaceutiques, se souvient Charles-Olivier Ledoux. On doit se demander si on en a vraiment besoin pour être heureux et si l’argent peut être utilisé en fonds d’urgence. »

Lorsque les surplus sont dégagés, on doit les mettre à l’abri. « Je conseille aux gens de prévoir des prélèvements automatiques de 50 ou 100 $ par semaine, idéalement le jour de leur paie, pour ne pas avoir cet argent en mains pour dépenser, explique Angela Iermieri. C’est comme si on se payait en premier. » Une fois l’objectif atteint, pourquoi ne pas continuer ? « L’épargne est une habitude, ajoute-t-elle. Quand on a accumulé trois mois de dépenses, on n’est pas obligé d’arrêter. Si on se rend jusqu’à six, c’est encore mieux ! »