Oubliez l’ingénieur très technique toujours le nez dans ses calculs : pour Laurène Valette, qui termine sa maîtrise en génie de la construction à l’École de technologie supérieure (ETS), c’est la possibilité de créer qui l’a séduite dans son champ d’études.

Martine Letarte Martine Letarte
Collaboration spéciale

« Les ingénieurs qui sortent de l’école sont d’abord des gens qui ont acquis des compétences pour résoudre des problèmes et s’adapter à n’importe quelle situation, explique Laurène Valette, 23 ans. Après les études, plusieurs portes nous sont ouvertes, nous pouvons faire ce que nous voulons, créer nos propres choses. C’est ce qui m’a attirée. »

Avant de quitter la France pour le Québec il y a deux ans, elle a étudié le génie urbain, qui intègre le génie civil, l’architecture et l’urbanisme. « L’idée, c’est d’avoir des ingénieurs qui connaissent les réalités des différents acteurs impliqués dans les projets de construction pour qu’ils soient capables de bien gérer les équipes », explique celle qui a choisi comme sujet de maîtrise l’intégration des compétences non techniques en ingénierie, sous la direction de la professeure Christiane Papineau.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Laurène Valette termine sa maîtrise en génie de la construction à l’École de technologie supérieure (ETS) et se passionne pour la conception de bâtiments.

Pour faire son entrée sur le marché du travail prochainement, Laurène Valette lorgne le monde des promoteurs immobiliers résidentiels. C’est la conception de bâtiment qui l’allume.

« J’ai envie de pouvoir laisser aller mon côté imaginatif et de le mettre au service des besoins des gens », affirme-t-elle.

Changer le monde

Professeure au département de génie de la construction à l’ETS depuis 22 ans, Michèle St-Jacques remarque que ce qui a changé en 20 ans, c’est justement le côté créatif des jeunes.

Chez nous, les jeunes sont très techniques, très manuels, très débrouillards, ils ont beaucoup de connaissances, ils sont très forts aussi avec les outils technologiques et ils créent des choses. Souvent, on les voit également prendre des outils et les utiliser pour autre chose que ce pour quoi ils ont été conçus. C’est épatant. Il n’y a plus de limites.

Michèle St-Jacques, professeure à l’ETS

Elle constate que le génie de la construction les attire parce que c’est un travail visible, concret.

« Ils construisent des bâtiments, des rues, des choses qui servent aux gens, affirme Michèle St-Jacques. Ils veulent avoir un impact sur la société. »

Samuel Pierre, professeur au département de génie informatique et génie logiciel à Polytechnique Montréal, va un cran plus loin : « Ils veulent changer le monde ! », s’exclame-t-il.

Plusieurs, du moins. « Certains ont choisi la profession pour bien gagner leur vie, mais plusieurs ont des aspirations plus élevées, remarque celui qui enseigne depuis 33 ans. Lorsque j’étais étudiant, on se contentait de maîtriser les techniques existantes. Aujourd’hui, les jeunes veulent faire partie du processus d’innovation, ils veulent développer le logiciel ou le système qui révolutionnera le monde. »

Il remarque que les entreprises de jeux vidéo et les géants américains du numérique comme Google en font rêver plusieurs. « Les jeunes sont vraiment attirés par les emplois où ils pourront utiliser leur créativité », ajoute M. Pierre.

Plusieurs n’hésitent pas, d’ailleurs, à aller au-delà de leur définition de tâches pour innover.

« Un étudiant embauché par une ville devait suivre l’avancement des projets à l’extérieur, avec une tonne de papiers qu’il risquait de voir s’envoler, raconte Michèle St-Jacques. Il a donc créé une application pour faire le suivi des chantiers avec son iPad. Les jeunes m’impressionnent. C’est pour cette raison que j’ai encore du fun à enseigner et que je suis confiante par rapport à l’avenir. »