Pour éviter une deuxième commission Charbonneau, les « lanceurs d’alerte » doivent savoir à quelle porte cogner s’ils veulent dénoncer une situation de collusion, soutient Kathy Baig, présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec.

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

« Ils [les sonneurs d’alarme] ont un rôle important à jouer, précise-t-elle. Ce sont souvent des gens qui ont de l’information, et qui vont nous aider dans nos enquêtes. »

Elle ajoute : « Nous avons créé des programmes pour bien les encadrer et pour leur offrir des protections. Mais il y a un travail de sensibilisation à faire pour qu’ils sachent quels canaux utiliser [pour mettre au jour] des cas de collusion. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Kathy Baig entame son troisième mandat à la présidence de l’Ordre des ingénieurs du Québec.

L’ingénieure se défend bien de vouloir se lancer dans « une chasse aux sorcières » en sollicitant la collaboration de ces informateurs anonymes. « On veut simplement que les choses soient claires pour ceux qui nous transmettent des informations pertinentes », dit-elle.

Moins de dénonciations

Cinq ans après le dépôt du rapport de la commission Charbonneau, Kathy Baig constate qu’il n’y a « pas beaucoup de dénonciations », à l’heure actuelle.

Faut-il comprendre que les potentiels dénonciateurs hésitent maintenant à divulguer des informations privilégiées ? « Je ne le pense pas, répond-elle. Il faut savoir que nous faisons beaucoup de prévention. On rencontre [les entrepreneurs et les donneurs d’ouvrage] sur le terrain. On ne sent pas de résistance. »

Processus réglementaires assouplis

Quoi qu’il en soit, la présidente de l’Ordre – qui entame un troisième mandat au sein de l’organisation de 65 000 ingénieurs au Québec – aura plusieurs dossiers prioritaires à mener de front au cours des deux prochaines années, entre autres la surveillance « obligatoire » sur les chantiers de construction.

« On voudrait que la surveillance soit exigée en fonction des risques et de la complexité du projet et que ce ne soit plus laissé à la discrétion du donneur d’ouvrage », explique-t-elle.

Cette question prend toute son importance au moment où le gouvernement Legault s’apprête à accélérer la réalisation de plus de 200 projets d’infrastructures (écoles, hôpitaux) pour relancer l’économie affaiblie par la pandémie. Une décision politique qui fera en sorte que les processus réglementaires seront assouplis, ce qui fait craindre le retour à des pratiques condamnables.

Ces craintes ne sont toutefois pas partagées par l’Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec (ACRGTQ).

« Notre industrie est déjà très réglementée et encadrée par plusieurs organismes de surveillance, a commenté par courriel, la directrice générale de l’organisme, MGisèle Bourque. On pense notamment à l’Autorité des marchés publics, pour n’en nommer qu’un. D’ailleurs, ses pouvoirs ont été modifiés en vue de cette démarche d’accélération des investissements. »

Actuellement, le donneur d’ouvrage peut décider si oui ou non il y aura une surveillance. [Ce qui fait en sorte que] pour plusieurs projets, il y en a, et pour d’autres, moins ou pas du tout. On aimerait que ce soit mieux balisé pour s’assurer d’avoir des ouvrages de qualité.

Kathy Baig, présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec

La présidente ne cache pas qu’il aurait été souhaitable que cette obligation soit contenue dans la Loi sur les ingénieurs, qui vient tout juste d’être modernisée.

« Mais on pense qu’on pourrait y parvenir en modifiant la Loi sur le bâtiment, ou encore le Code du bâtiment. On sent une ouverture de la part du gouvernement. »