On avait oublié l’énorme impact sur le capital-retraite qu’avait eu la crise financière de 2008. Mais la volatilité des marchés financiers à la suite de l’éclosion de la COVID-19 vient de nous rappeler cette réalité propre aux crises qui peuvent se produire à tout moment.

Jean Gagnon
Collaboration spéciale

« Il n’y a rien comme une crise pour changer le monde », dit Marc Gauthier, trésorier et chef des investissements à l’Université Concordia. Et celle que nous traversons pourrait certainement inciter les investisseurs à rechercher de meilleures façons de gérer le risque auquel est exposé leur capital-retraite, selon lui.

Lorsque les marchés se comportent bien, il avoue que le rendement de ses portefeuilles, soit la caisse de retraite et la fondation de l’université, se situe environ à une médiane comparable à celles de l’ensemble des caisses de retraite. Mais lorsque la crise frappe, alors là, leur performance se situe parmi les meilleures.

Marc Gauthier investit la moitié de l’argent qu’il gère dans des stratégies à rendement absolu, c’est-à-dire des investissements qui visent à produire un rendement positif, peu importe la direction que prennent les marchés. Ces investissements se font entre autres dans les infrastructures, l’immobilier, ainsi que les fonds de placement et de dette privée.

Ces stratégies sont le propre des hedge funds, aussi appelés fonds de couverture, fonds alternatifs ou fonds spéculatifs. Marc Gauthier confie des mandats de gestion à une trentaine de gestionnaires différents. « Cette approche multistratégies lui assure une diversification idéale », dit-il.

Comment mesurer le risque

Pour assurer que les rendements à long terme seront conformes aux objectifs, Marc Gauthier s’assure que la volatilité de ses investissements n’excède pas le rendement visé. Il recherche donc des investissements dont le ratio Sharpe est de 1. On obtient ce ratio en divisant le rendement historique moyen de l’investissement par son écart-type.

Par exemple, si un titre génère un rendement moyen de 6 %, et que son écart-type est de 9 %, cela veut dire que, dans les bonnes années, le rendement atteindra 15 % (6 % + 9 %), mais que lors des mauvaises, ce rendement sera de - 3 % (6 % - 9 %). Dans ce cas, le ratio Sharpe est de 0,66. « Ce sont les rendements négatifs qu’il faut éviter », explique Marc Gauthier. Récupérer une perte nécessite un rendement plus élevé que le rendement visé à l’origine. En fonction de cette approche, l’idée qu’un investisseur plus jeune peut prendre plus de risque, car il aura plus de temps pour récupérer ses pertes, ne tient pas vraiment la route, selon lui.

Les produits se développent

Ces stratégies sont-elles disponibles pour l’investisseur individuel ? L’industrie des services financiers, on le sait, s’adapte rapidement aux besoins des investisseurs. Déjà, plusieurs institutions et manufacturiers de fonds offrent à leurs clients des plateformes multistratégies de toutes sortes permettant d’atténuer la volatilité. Ces solutions demandent bien sûr un examen approfondi pour lequel les services d’un conseiller peuvent aider.

« Les frais seront probablement un peu plus élevés, mais vous réaliserez que cela en vaut la peine lors des crises qui surviendront sûrement au cours des prochaines années », dit Marc Gauthier.