À l’instar des autres économies du monde, celle du Québec subit les contrecoups de la pandémie de COVID-19. En entrevue avec La Presse, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, détaille les quatre grands principes qui le guident dans le plan de relance de la province.

Emilie Laperrière Emilie Laperrière
Collaboration spéciale

Appui très ciblé aux secteurs stratégiques

Le ministre définit cinq secteurs comme stratégiques au Québec : l’aéronautique, les sciences de la vie, la foresterie, l’aluminium et le transport électrifié. Ce dernier est particulièrement important pour Pierre Fitzgibbon. « On a déjà des partenaires et de l’énergie renouvelable à bas coût avec Hydro-Québec. On a aussi les minerais [le lithium, notamment] qu’on pourrait convertir en batteries. »

Dans le cas de l’aérospatiale, la situation est particulière. « Il y aura un ralentissement des gros projets. Je ne veux pas voir des ingénieurs qualifiés quitter le secteur pour travailler ailleurs. Le gouvernement aura peut-être à faire des appels de projets pour que ça ne se produise pas », estime le ministre.

« En foresterie, on est tannés d’avoir à gérer des droits de douane à droite et à gauche. Il faut convertir nos ressources en valeur ajoutée. On le fait déjà, mais il faut accélérer la cadence. Même chose pour l’aluminium. » En ce qui concerne les sciences de la vie, Pierre Fitzgibbon souligne que le Québec compte des expertises et des chercheurs reconnus, en plus de l’intelligence artificielle. « On a tout ce qu’il faut pour rebâtir et dynamiser le secteur. »

L’innovation comme moteur de productivité

Le gouvernement de François Legault est déterminé à stimuler l’innovation au sein des entreprises.

Je pense que c’est notre rôle d’avoir des programmes qui aident les dirigeants à investir dans l’innovation. S’il y a de nouvelles technologies qui existent pour la numérisation ou l’automatisation d’une entreprise, ça coûte de l’argent. On doit rendre du capital disponible.

Pierre Fitzgibbon

Il explique que son équipe a réformé Investissement Québec (IQ) et l’a fusionné avec le Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ) dans cette optique. Il espère que l’investissement privé des sociétés en équipement et en produits numériques, stable depuis quelques années, augmentera. Le gouvernement est pour sa part prêt à prendre plus de risques, à prêter de l’argent pur aux entreprises. « On se repaiera quand les bénéfices seront tangibles. »

Développement économique des régions

Le nouvel IQ comptera deux niveaux d’intervention : un premier à l’échelle nationale, qui englobera les dossiers structurants pour la province dans son ensemble, et un second à la grandeur des régions. « Chacune des 17 régions administratives aura un bureau IQ auquel nous grefferons toutes les ressources en contact avec les entreprises. Ce bureau comportera un comité qui sera responsable de mettre des stéroïdes dans les entreprises et de les soutenir », détaille le ministre de l’Économie et de l’Innovation.

Pour « redonner aux MRC un pouvoir décisionnel », celles-ci se verront quant à elles accorder des ressources humaines pour recruter des entreprises, les accompagner et les faire bénéficier d’interventions financières.

Balance commerciale à revoir

« Nous avons un déficit commercial à l’international de 23 milliards », déplore Pierre Fitzgibbon. Pour changer la donne, il estime nécessaire d’inciter les producteurs québécois à être plus performants quand vient le temps d’exporter.

Dans la foulée, le Québec doit promouvoir la fabrication locale de produits qui seront achetés ici. « On ne fera jamais au Québec de téléphones cellulaires compétitifs comme en Asie. Par contre, le tiers de nos importations comptent des sous-segments où on pourrait produire à bas coût. On encouragera les sociétés québécoises à être plus efficientes du côté de la production pour augmenter la consommation locale. »