Les investissements dans les infrastructures se sont souvent révélés payants en temps de récession. Mais leurs effets sur la relance risquent cette fois de s’avérer limités. Comment stimuler la reprise, alors ? Des économistes se penchent sur la question.

Etienne Plamondon Emond
Collaboration spéciale

Pourquoi ne pas miser seulement sur les infrastructures pour maintenir l’économie à flot ? « Parce qu’on va rapidement frapper le mur de ce qu’on peut faire avec la main-d’œuvre disponible », soulève Dominique Lapointe, économiste principal à Valeurs mobilières Banque Laurentienne. Confronté à une pénurie de main-d’œuvre avant la pandémie, le secteur de la construction semble déjà en voie de reprendre son élan par lui-même.

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Les investissements en infrastructures ne sont pas la panacée.

Raquel Fonseca, professeure en science économique à l’Université du Québec à Montréal, croit que la relance passe par un investissement dans la formation des travailleurs. Malgré des pertes d’emplois au cours des derniers mois, un manque de personnel se fait sentir dans des domaines névralgiques, comme la santé, l’éducation ou l’agriculture. « On a besoin d’avoir une immigration dynamique », ajoute-t-elle.

« L’immigration a été très porteuse pour la croissance économique dans les dernières années », abonde Matthieu Arseneau, chef économiste adjoint à la Banque Nationale.

On a vraiment une grande capacité à attirer les talents du monde. Il ne faut pas céder à la tentation de la réduire dans un contexte comme celui-ci.

Matthieu Arseneau

Investir en techno

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Les perspectives s’annoncent sombres dans la grappe industrielle de l’aérospatiale. Il serait temps de voir à long terme.

Presque tous les intervenants s’entendent sur l’importance d’investir davantage le pôle des hautes technologies et de l’intelligence artificielle (IA). « Le gouvernement ne devrait-il pas, pendant ces années où le secteur privé est un peu au ralenti, accélérer sa propre numérisation ? », se questionne Matthieu Arseneau. Selon lui, un tel chantier permettrait à l’État d’améliorer son efficacité, et ainsi assainir ses finances publiques, tout en aidant les entreprises technologiques d’ici à parfaire leur expertise et à démontrer leur potentiel.

Que faire en revanche avec la grappe industrielle de l’aérospatiale, dont les perspectives s’annoncent sombres avec la plupart des avions commerciaux cloués au sol ? « En ce moment, c’est désastreux, mais on a besoin d’un plan à long terme, indique Dominique Lapointe. Si on laisse cette industrie fermer parce que la demande n’est pas là, on va perdre beaucoup de savoir-faire. » Il suggère de s’inspirer de la France, qui injecte plus de 20 milliards dans cette filière avec l’objectif de concevoir un avion carboneutre d’ici 2035. Sans calquer cet objectif, il considère qu’il faut encourager la recherche et le développement dans le secteur autour des enjeux environnementaux. Une réflexion sur l’empreinte écologique devrait, selon lui, accompagner toutes les mesures liées à la relance, comme dans le soutien à l’approvisionnement local.

Tourisme et centres-villes

Robert Hogue, premier économiste à la RBC, s’inquiète des dommages permanents entraînés par le confinement et la fermeture des frontières dans la restauration, l’hôtellerie et le tourisme. Pour les entreprises, il faudra selon lui prolonger, ajuster et adapter les programmes d’aide.

« Redynamiser les centres-villes sera une étape importante dans le processus de relance économique », souligne Chantal Routhier, économiste principale au Mouvement Desjardins. Autrement, en l’absence de plusieurs millions de touristes étrangers, des commerces et des restaurants du centre-ville de Montréal risquent de fermer, ajoute-t-elle.

Ne pas oublier les travailleurs

Perte de salaire, début de carrière sur la touche, conciliation du travail avec la garde des enfants et l’école à la maison : les travailleurs ont aussi vécu des situations stressantes au cours des derniers mois. Or, « la santé mentale a un lien très important avec la productivité », rappelle Raquel Fonseca, qui plaide pour un meilleur soutien en la matière.

Avec le coronavirus qui court toujours, Robert Hogue estime que la priorité demeure les efforts déployés en santé. « On ne peut pas avoir de reprise économique si la santé publique se détériore », croit-il.