L’horizon économique apparaît moins étincelant, du moins à court terme, pour le producteur de diamants Stornoway, qui a décidé à la mi-avril de ne pas relancer ses activités de production à la mine Renard en raison de la pandémie mondiale. Point de vue de deux observateurs.

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

« Je comprends la stratégie [de Stornoway] de mettre la mine en veille, souligne Michel Jébrak, professeur émérite au département des sciences de la Terre à l’UQAM et à l’UQAT. Dans le contexte actuel, il est préférable d’attendre que la demande reprenne et que les prix se raffermissent. »

Depuis deux ans, il constate que le prix du diamant – qui a déjà eu une valeur excédant largement les 100 $ US le carat – a « chuté d’au moins 50 % » sur le marché international.

« Plusieurs facteurs expliquent cet effondrement, fait-il valoir. On parle d’une surcapacité de production, avec des joueurs comme la Russie et des pays du sud de l’Afrique qui maintiennent une forte cadence, et qui n’ont pas cessé de produire malgré la COVID-19. Et il y a le phénomène des diamants artificiels, de plus en plus prisés par les milléniaux, notamment en Europe, qui boudent les diamants qui sortent des mines, et qui ont mauvaise réputation à leurs yeux. »

Un marché de niche

Bien que Stornoway ait dû mettre à pied 540 travailleurs à sa mine – tout en maintenant en emploi une cinquantaine d’employés, pour assurer la mise en veille –, le professeur Michel Jébrak a « bon espoir » que la société minière retrouve son élan d’avant la COVID-19.

« Ils sont dans un marché niché et ils sortent des diamants de qualité, dit-il. Mais pour pouvoir repartir, il faut que les prix remontent », insiste-t-il.

Quand vous êtes confiné [et que les bijouteries sont fermées], vous ne voulez et ne pouvez pas acheter un diamant !

Michel Jébrak

Une tuile pour un « bon projet »

Pour sa part, Georges Beaudoin, professeur titulaire en exploration minière à l’Université Laval, voit la COVID-19 et ses contraintes socioéconomiques comme « une autre tuile » qui vient de tomber sur la tête des dirigeants de la minière.

« Auparavant, ils ont eu leurs difficultés financières et opérationnelles, des retards dans la livraison d’équipements », évoque-t-il.

Le professeur croit néanmoins que la seule mine de diamants au Québec peut aspirer à des jours meilleurs, dans la mesure où les prix vont s’apprécier.

« Quand la mine a été lancée, c’était intéressant, dit-il. Elle faisait de l’argent. Le projet était bon ; le projet reste bon. »

Peut-on envisager une reprise des activités dans un avenir plus ou moins rapproché de cette mine située à 350 kilomètres au nord de Chibougamau, dans la région de la Baie-James ?

« On peut l’espérer, mais cela va dépendre des investisseurs, répond-il. Il faut tenir compte des coûts liés au redémarrage. Une mine, ce n’est pas comme une usine de boulons. »

La COVID-19 a brisé la chaîne

Du côté de la direction de Stornoway, on dit suivre la situation de près. « On suit de façon régulière l’évolution des marchés, et pour le moment, il n’y a pas de date effective de reprise, indique Sylvie Gervais, vice-présidente aux ressources humaines, communications et relations avec les communautés. Chose certaine, s’il n’y avait pas eu de pandémie, on serait encore en opération. »

Elle rappelle qu’en temps normal, les diamants bruts extraits de la mine Renard sont vendus dans les marchés d’acheteurs spécialisés – aux sites de visionnage des diamants à Anvers, en Belgique – avant d’être traités en Inde pour le polissage. Par la suite, les diamants se retrouvent dans le réseau des bijouteries.

« La pandémie a fait en sorte que la chaîne s’est brisée, déplore-t-elle. On ne peut plus vendre nos diamants bruts, et il est devenu impossible de les faire polir. »