Après avoir été en mode pause pendant des semaines en raison de la COVID-19, l’industrie minière québécoise augmente la cadence pour retrouver sa vitesse de croisière. Mais la reprise des activités ne se fait pas sans contraintes. Tour d’horizon.

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

« Nous n’opérons pas encore avec 100 % du personnel, bien qu’une grande partie des travailleurs soient de retour, explique Josée Méthot, PDG de l’Association minière du Québec. On s’adapte au quotidien à la nouvelle normalité, comme bien d’autres industries. »

Elle signale au passage que le Québec est la seule province canadienne qui a forcé l’arrêt de production des activités minières pour des raisons sanitaires.

Cela a fait en sorte, selon elle, que les mines d’or d’ici ont « perdu » près d’un mois de production, au moment où le prix du métal précieux n’a jamais été aussi élevé.

« On a pris du recul par rapport aux autres minières », précise-t-elle.

Quoi qu’il en soit, les sociétés minières québécoises estiment avoir réussi à faire la preuve qu’elles sont désormais en mesure de fonctionner en se pliant aux nouvelles exigences de la Santé publique.

« Mais ce n’est pas simple, fait-elle valoir. À titre d’exemple, ça prend deux fois plus d’avions pour amener les travailleurs sur les sites miniers, tant sur la Côte-Nord qu’au Nunavik, pour respecter les normes de distanciation physique. Il y a également beaucoup moins de mineurs qui prennent place dans les cages [d’ascenseurs] ou dans les véhicules pour descendre sous terre. »

Elle ajoute : « En fait, nous avons dû revoir toute l’organisation logistique sur les lieux de travail, et même dans les cafétérias, afin d’éviter une éventuelle propagation du virus. »

La « fenêtre d’opportunités »

Même son de cloche du côté de l’Association de l’exploration minière du Québec (AEMQ). « On vient tout juste de recommencer à aller sur le terrain, souligne Valérie Fillion, directrice générale de l’organisme. Mais avant toute chose, nous avons dû mettre en place une série de mesures préparatoires pour nous conformer aux exigences gouvernementales. »

Nous ne voulons pas être ceux qui amènent le virus dans les communautés autochtones, où nous intervenons. Pour éviter que cela ne se produise, nous prenons toutes nos précautions, que ce soit pour les campements ou la nourriture. Nous sommes en contact avec leurs représentants.

Valérie Fillion, directrice générale de l’AEMQ

Tout en étant consciente des nombreux défis que pose la « nouvelle réalité » sanitaire et des enjeux liés au financement des projets de développement, la directrice générale croit que les sociétés minières devraient pouvoir s’adapter assez rapidement.

« Nous avons perdu beaucoup de temps en raison de l’interruption des travaux, concède-t-elle, mais là, en ce début du mois de juin, nous devons nous activer pour tirer avantage de la fenêtre d’opportunités [permettant d’aller sur le terrain pour faire de l’exploration]. »

Encore de l’incertitude

C’est ce qu’espère fortement Denis Gourde, vice-président Ingénierie et Développement durable d’Innovexplo, à Val-d’Or. « Nous misons sur la reprise des activités pour regarnir notre carnet de commandes, pour renouveler des mandats », indique l’ingénieur minier aux commandes de la firme de consultation également présente à Québec et à Longueuil.

Il s’inquiète toutefois de la fragilité des entreprises juniors qui peinaient, bien avant la crise, à trouver du financement.

« Le niveau d’inquiétude est plus grand, d’autant plus que ces entreprises ne peuvent compter sur les programmes d’aide gouvernementale, signale-t-il. Il ne faut pas non plus oublier que ces entreprises, toujours en raison de la crise, n’ont pas été en mesure d’effectuer des travaux de forage depuis plus de deux mois. »

Il signale au passage que son entreprise a elle-même été contrainte de mettre au chômage quelques-uns de ses 32 ingénieurs miniers et géologues.

En attendant que la reprise s’installe pour de bon, Denis Gourde maintient un contact étroit avec ses clients.

« On suit ça de près, précise-t-il. Il est important de développer des projets pour alimenter le pipeline. Sans travaux d’exploration, il n’y a pas de projets de développement. »

De l’or, du fer et du nickel

Tout n’est pas gris au sein de l’industrie minière québécoise, qui continue de se démarquer avec ses gisements aurifères – concentrés en Abitibi, dans le Nord-du-Québec et à la Baie-James. « On constate que le prix de l’or est toujours en forte progression [autour de 1750 $ US l’once] », souligne Josée Méthot, PDG de l’Association minière du Québec. Il en va de même pour le prix de la tonne de fer, qui se situe autour de 92 $ US. « Les acheteurs sont même prêts à payer une prime pour le fer du Québec [produit sur la Côte-Nord], ajoute-t-elle. Nous sommes en bonne posture dans ce marché, où la Chine demeure un gros acheteur. » Elle croit enfin que le déconfinement graduel de l’économie pourra contribuer à relancer l’industrie minière. « On dépend des marchés mondiaux, et si la construction reprend, c’est positif, non seulement pour le fer, mais aussi pour le nickel [avec deux mines au Nunavik] qui vaut environ 5,50 $ US la livre », conclut-elle.